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Histoire de l'équipe nationale allemande de football


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34 réponses à ce sujet

#1
Wunderbern

Wunderbern

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Un maillot blanc, un short noir, un aigle sur le blason, des noms de joueurs difficiles à prononcer, des mines à trente mètres, un palmarès épais comme un bottin téléphonique et une certaine propension en même temps qu'une facilité, à doucher les ardeurs de ses adversaires et à pulvériser leurs rêves. 

 

Telle est l'image que s'est forgée à travers le temps, l'équipe nationale allemande de football. Pas de Joga Bonito, pas de football-champagne... la Nationalmannschaft a construit son palmarès inégalé - 4 Coupes du Monde, 3 titres de Champion d'Europe - avec le réalisme et le charisme d'un Panzer. Une manière qui lui a valu l'inimitié de plusieurs nations - bon, souvent ses malheureux adversaires - en même temps qu'un certain respect mêlé de crainte. L'équipe d'Allemagne est sûrement l'équipe que toutes les autres équipes détestent mais aussi, celle que tout le monde craint avant tout. Et pour cause, lors des grandes compétitions, l'Allemagne est toujours au rendez-vous. Pas toujours rayonnante, pas toujours non plus exceptionnelle, mais souvent dans le dernier carré pour jouer la gagne. 

 

Pourtant, rien n'a été facile pour cette sélection qui a subi l'histoire mouvementée de la nation qu'elle représente. Une nation qui au XXème siècle, a été un empire, une république, un Reich, une pays coupé en deux avant d'être de nouveau réuni pour devenir une république constituée de fédérations. Non seulement, le football a du trouver sa place à travers les méandres de l'histoire mais plus que dans tout autre pays, il a revêtu une importance politique, économique et sociale. Car, on le verra, l'histoire et les succès de la sélection nationale allemande sont plus qu'intimement liés à ceux de la nation allemande. 

 

C'est parti pour l'histoire de l'équipe d'Allemagne de football!

 

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#2
Roter Baron

Roter Baron

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Super!!! J'ai hâte de lire ça!

En cours de développement ... 


#3
Wunderbern

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Préhistoire (1874 - 1908)

 

Le football, sport inventé par les anglais, se propage un peu partout dans le monde à la fin du XIXème siècle, bien souvent par les biais d'étudiants britanniques qui exportent leur hobby favori, dans les écoles et universités où ils vont étudier ou grâce à des étrangers partis étudier en Angleterre qui ramènent la trouvaille et le ballon dans leurs bagages. Au début élitiste puisqu'étant un privilège bourgeois, le football s'encanaille et devient petit à petit, un jeu pour les classes populaires.

 

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Konrad Koch, le pionnier

 

Konrad Koch est le premier à organiser un match de football en Allemagne. Professeur de philosophie et anglophile, il organise le 29 septembre 1874, avec August Hermann, un match de football au sein du lycée Martino-Katharineum à Brunswick. Il s'agit du tout premier match de football répertorié en Allemagne, même si, il faut le dire, le jeu ressemble beaucoup plus à du rugby qu'au football que l'on connaît actuellement. Les règles ne sont pas encore très bien définies - le ballon est ovale et se porte à la main. C'est d'ailleurs à cela que s'attèle Koch lors des années qui suivent. Néanmoins, il convient de préciser qu'il n'est pas certain que ce fut le premier match de football en Allemagne. Certaines sources (notamment un journal de Leipzig de l'époque) signalent qu'en avril 1874, un club de football - sûrement le plus vieux club européen -  fut créé à Dresde par des ouvriers anglais: le Dresden English Football Club et que ce club organisait des rencontres de football dans le parc de la ville: le Großer Garten. Quoiqu'il en soit, le football a du mal à convaincre les enseignants de sport. Car beaucoup le considèrent à l'époque comme un jeu et non comme un sport. 

 

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Le premier match allemand de football, vu par le cinéma: "Der ganz große Traum "(2011), avec Daniel Brühl dans le rôle de Konrad Koch

 

Un jeu et pas un sport.

 

L'époque n'est pas à la rigolade. Si le sport se démocratise - notamment la gymnastique et l'athlétisme -  c'est surtout pour former des soldats et des travailleurs de force. Le football est vu comme une distraction, un amusement, bref quelque chose pas très en phase avec l'Empire allemand qui s'est créé en 1871, suite à la victoire sur Napoléon III: une monarchie autoritaire qui avance à grands pas dans la révolution industrielle. Du coup, le football surnommé "maladie anglaise" ("Englische Krankheit") est souvent interdit. En fait, tout ce qui ressemble à un semblant de liberté - surtout pour les couches populaires - est interdit...

 

Néanmoins, cela n'empêche pas le sport de se diffuser souvent au sein d'associations de gymnastique ou d'athlétisme. Cela se passe principalement dans certaines villes de l'empire allemand: Karlsruhe, Hambourg et Berlin où se crée le BFC Germania 1888, souvent considéré comme le plus vieux club allemand de l'histoire du football. C'est une époque assez anarchique: il n'y a pas de rencontre officielle, les terrains sont souvent des espaces libres pris d'assaut par les joueurs et le jeu ressemble à tout et à rien. Il y a peu de différences avec le rugby par exemple: c'est pour cela que le DSV 1878 Hannover, club de rugby, se réclamera d'être le plus vieux club de football. Mais peu à peu, cela prend forme: les sections prennent progressivement leur émancipation vis-à-vis des clubs de gymnastique ou d'athlétisme et les premières fédérations ainsi que les championnats qui vont avec - même s'ils restent officieux - se créent. Ainsi, la Bund Deutscher Fußballspieler voit le jour à Berlin en 1890, suivi en 1893 de la Süddeutsche Fußball Union

 

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Le costaud Walther Bensemann, en 1896

 

Walther Bensemann, futur fondateur du célèbre magazine Kicker, très modeste joueur (mais très costaud, il était surnommé Man-Mountain!) mais véritablement séminal puisqu'il fut à l'origine de la fondation du VfR Mannheim, de l'Eintracht Frankfurt et du Karlsruher FV - rien que ça - est le premier à organiser des matchs internationaux pour l'Allemagne entre 1898 et 1901. Le 12 décembre 1898, il organise et participe en tant que joueur à un match contre les Paris White Rovers, une équipe basée à Paris, fondée par des britanniques et principalement composée d'écossais, que la sélection allemande battra 7-0. Le lendemain, cette même sélection allemande remporte un autre match contre une sélection parisienne de joueurs du Club Français, du Racing Club de France et du Standard AC Paris, 2-0. Il reste peu de traces de ces matchs. Il semblerait cependant qu'un des joueurs allemands, Richard Gasse avait 14 ans...

 

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Le premier match officieux de l'Allemagne contre les White Rovers à Paris en 1898.

 

Mais, Bensemann permet surtout à l'Allemagne de jouer ses premiers matchs internationaux contre l'Angleterre en 1889. Ces matchs qui ne seront jamais officiels, entreront dans l'histoire comme les premiers opposant l'Allemagne à une nation étrangère, mais aussi comme les premiers de l'Angleterre contre un adversaire autre qu'une nation du territoire britannique (l'Angleterre avait déjà joué contre l'Ecosse en 1872). C'est lors d'un jeudi pluvieux, froid et triste, le 23 novembre 1899, devant une foule de 1000 personnes massée dans l'Athletik Park de Berlin, que l'Allemagne encaisse la première fessée de son histoire: 13-2! Une défaite pas si étonnante puisque l'écart de niveau est énorme entre des anglais souvent déjà professionnels et des allemands amateurs. Pour la petite histoire, un reporter du magazine berlinois Spiel und Sport, sera surpris de voir les anglais utiliser l'intérieur et l'extérieur de leurs pieds pour frapper le ballon, alors que les allemands utilisaient la pointe! 

 

Le lendemain, une revanche est organisée, devant une foule plus clairsemée (environ 500 personnes, le spectacle de la veille avait du décourager une bonne partie des berlinois!) au même endroit mais le résultat est grosso modo, le même: 10-2. On a beau changer de lieu (Karlsruhe) quelques jours plus tard, cela ne change pas grand chose: 8-0. En 1901, cette officieuse équipe d'Allemagne ira rendre la politesse aux anglais en allant les défier chez eux. Sans surprise, ils perdent lors de leurs deux matchs: 12-0 à Tottenham et 10-0 à Manchester. Ce sont donc 7 matchs officieux que dispute la sélection allemande entre 1898 et 1901. Lors de ces matchs, les allemands arborent un ensemble tout noir avec une bande rouge sur la manche gauche du maillot, couleur de la Prusse. 

 

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L'équipe nationale allemande en 1899. 

 

Mais ces matchs ne vont plus rester longtemps officieux puisque le 28 janvier 1900, sous l'impulsion de 86 clubs est créé la Fédération Allemande de Football (Deutscher Fußball-Bund plus communément désigné sous son acronyme DFB). Il s'agit du premier pas vers l'officialisation du football en Allemagne. Bientôt, la nation va se doter d'un championnat reconnu officiellement (en 1903) puis après affiliation à la FIFA, une équipe nationale en 1908.

 

C'est là que l'histoire commence. 



#4
Kast38

Kast38

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Serieux Wunder, mais ecris un bouquin et fais toi publier !

 

Merci pour le topic, c'est top. 



#5
frank

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Finalement le Real est pas le premier à avoir gagné la C1 😅

#6
Wunderbern

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Le premier match officiel (1908)

 

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Une affiche alléchante...

 

Le 5 avril 1908, sous une pluie battante, l'équipe nationale allemande pénètre sur le terrain du Landhof-Stadion, à Bâle pour disputer le premier match officiel de son histoire contre l'équipe nationale suisse. Les Suisses, eux, disputent leur troisième match officiel après deux défaites contre la France (0-1 à Paris en 1905 et 1-2 à Genève en mars 1908).

 

Ce match est aussi bien pour les Allemands que les Suisses, le résultat d'un long processus administratif et organisationnel. 

 

Les Allemands ont créé leur fédération, le Deutscher Fußball-Bund en 1903, suite à la signature de 86 clubs de la nation. La création de cette fédération donne un caractère officiel au football et permet la création d'un championnat national. Il met surtout à des dizaines d'années de matchs "sauvages" et de championnats officieux (même si cela prendra un petit moment avant que tous les clubs se rallient à la DFB). 

 

Dans le même temps, le football international s'est aussi organisé à l'initiative des français. La Fédération Internationale de Football-Association (FIFA) est créé à Paris, le 21 mai 1904. Il s'agit de développer le football international et de permettre d'organiser des rencontres et des tournois. S'il n'est pas un membre fondateur, l'Allemagne est le huitième membre à s'affilier à la FIFA en 1904. 

 

Mais malgré l'officialisation du football, les matchs sont difficiles à organiser. Si la Suisse et l'Allemagne arrivent à s'accorder dès février 1908 sur la tenue du match le 5 avril à Bâle, restent encore à trouver les "11 meilleurs joueurs de l'Allemagne" comme le vante l'affiche du match. Et ce n'est pas facile pour une nation comme l'Empire allemand qui compte un nombre conséquent de joueurs et de championnats locaux. Et il y a aussi les impondérables. Sept des joueurs initiaux choisis par la DFB ne peuvent pas participer au match, puisque retenus dans une sélection de la ville de Berlin pour disputer des matchs à Prague et Vienne. L'un des défenseurs les plus expérimentés, Heinrich Riso, lui se blesse juste avant la rencontre et est contraint de déclarer forfait. Devant la difficulté de sélectionner les "meilleurs" joueurs, la DFB décide de monter une sélection composée des représentants des différents championnats locaux. Au final, ce sont donc 11 joueurs de 11 clubs différents qui sont retenus. Non seulement les joueurs ne se connaissent même pas avant de prendre le train vers Bâle, mais en plus, la plupart d'entre eux ont appris leur sélection dans le journal, à peine 24 heures avant de prendre le train!

 

Un train que les joueurs payent évidemment en grande partie de leur poche - le DFB ne les défrayant que de 20 marks...

 

C'est donc une équipe de joueurs qui ne se connaissent pas et qui viennent des quatre coins de la nation qui se retrouvent à 9 heures du matin, dans le hall de l'hôtel Metropol à Bâle, pour recevoir leur "paquetage": un maillot blanc barré d'une bande verticale noire façon Ajax où se trouve brodé l'écusson contenant l'aigle prussien. On parle peu de tactique mais surtout de l'étiquette car pour tous, ce match international est une première et la question est de savoir comment se comporter. Arthur Hiller II du 1. FC Pforzheim, probablement parce qu'à 26 ans, il est le plus vieux de l'équipe, est le capitaine. Willy Baumgärtner, attaquant au Düsseldorfer SV 04, est le benjamin de l'équipe: il a 17 ans et 13 jours et reste à ce jour, le plus jeune joueur à avoir débuté en sélection nationale allemande. Après une visite du jardin zoologique de la ville, les joueurs se rendent au stade où l'on a pour l'occasion, construit une tribune supplémentaire pour accueillir 700 spectateurs en plus. Cette tribune a été financée par la marque de chocolat Lucerna et la légende voudra que ce sponsor ait promis de donner une barre de chocolat à chaque femme présente parmi les spectateurs; ce qui expliquera la présence de nombreuses femmes au sein des 4000 spectateurs. 

 

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L'équipe allemande: Baumgärtner, Becker, Hensel, Baumgarten, Hiller, Hempel, Förderer, Jordan, Ludwig, Kipp, Weymar.

 

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Et les p'tits Suisses!

 

L'arbitre suisse (enfin, disons un anglais expatrié en Suisse) H.P. Devitte siffle sous le vent, la pluie et la grêle, le coup d'envoi à 15 heures. Ce sont les allemands qui ouvrent le score à la 6ème minute grâce à Fritz Becker qui reprend un centre de Gustav Henkel. Mais rapidement, les Suisses en rouge et blanc, reprennent la main: ils égalisent grâce Hans Kämpfer à la 21ème minute puis poussent le grand défenseur allemand (1m90!) Ernst Jordan à marquer contre son camp à la 28ème minute et enfin, portent la marque à 3-1 grâce à leur capitaine, Siegfried Pfeiffer. Menés 3-1 à la mi-temps, les allemands décident pour la première fois d'élaborer une tactique à la pause. Du coup, la seconde mi-temps se révèle bien plus équilibrée pour les protagonistes. Les allemands réduisent le score à la 52ème minute, grâce à Fritz Förderer mais cela ne dure pas, puisque c'est de nouveau Pfeiffer qui donne un quatrième but à la Suisse, cinq minutes plus tard. A la 69ème minute, l'attaquant Fritz Becker signe son deuxième de la journée et permet à l'Allemagne de revenir à un but de leurs hôtes. L'Allemagne pourra-t-elle arracher l'égalité? Non. A la 89ème, Kämpfer douche les ardeurs des teutons en marquant aussi son second but du match et en donnant une victoire sans contestation à la Suisse (5-3). 

 

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Le match

 

Premier match, première défaite, premier but encaissé contre son camp: l'Allemagne a raté ses débuts. De nombreux commentateurs analyseront cette défaite en pointant le fait que la DFB n'avait pas forcément les meilleurs joueurs de la nation (même si, la Suisse non plus, n'avait pas réussi à aligner la meilleure équipe possible), que les défenseurs n'avaient jamais joué ensemble et que le temps catastrophique (pluie, vent, grêle) avait rendu le terrain extrêmement glissant. Beaucoup pointeront aussi la performance catastrophique du défenseur Ernst Jordan, coupable d'un but contre son camp et souvent en train de glisser: il ne sera plus jamais rappelé. Tout comme Fritz Becker pourtant auteur d'un doublé. 

 

Quoiqu'il en soit, la DFB ne fera pas grand cas de ce résultat: le plus important était pour elle de faire bonne impression en matière de protocole et de pas faire de faux-pas. Et là-dessus, tout s'est très bien passé. 

 

Car au final, la vraie importance de ce match était de faire exister officiellement l'équipe d'Allemagne et de lui donner une légitimité. 

 

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Fritz Förderer (1888-1952) sous le maillot de Karlsruhe. Il va être souvent rappelé en sélection par la suite, jouera même lors des JO de 1912 et inscrira 10 buts en 11 sélections. 



#7
Wunderbern

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L'avant-guerre ou l'époque de l'Allemagne qui ne gagnait pas (1908-1914)

 

Si le premier match officiel de la sélection allemande fut une défaite, on ne peut pas dire que ceux qui vont suivre, vont se révéler plus brillants. 15 jours après le match de Bâle, les Allemands reçoivent les Anglais au Viktoria-Platz de Mariendorf, à Berlin donc. C'est le premier match à domicile mais contre des Anglais déjà professionnels, il y a peu à espérer: l'Allemagne s'incline sans surprise 5-1. A noter toutefois dans cette équipe d'Allemagne, la présence du gardien Paul Eichelmann, qui avait déjà joué une fois contre les Anglais en 1899, lors de la série des matchs officieux entre 1898 et 1901. C'est le seul joueur à avoir été capé officieusement et officiellement.

 

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Paul Eichelmann, le seul à être capé officieusement et officiellement

 

Après deux nouvelles défaites contre l'Autriche (3-2) et une nouvelle fois contre l'Angleterre (9-0), l'Allemagne réussit presque un an après son premier match officiel (donc le 4 avril 1909) à enregistrer un résultat décent. Mieux que cela: l'Allemagne enregistre deux résultats décents dans la même journée. Bizarrerie de l'époque: l'Allemagne dispute lors de la même journée, deux matchs avec deux sélections différentes! L'un des deux matchs se dispute à Budapest et voit l'Allemagne accrocher la Hongrie, 3-3 lors d'une véritable course poursuite. L'autre se dispute à Karlsruhe et voit l'Allemagne battre la Suisse par le plus petit des scores: 1-0. Seuls trois joueurs de la première sélection sont présents: Hiller, Förderer et Kipp; c'est ce dernier qui marque le but de la victoire. 

 

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L'équipe de la première victoire à Karlsruhe

 

La Suisse... sûrement l'adversaire préféré de l'Allemagne à l'époque: car il n'y a vraiment que contre le voisin helvète que l'Allemagne remporte ses matchs. Entre 1909 et 1912, l'Allemagne bat trois fois (et à chaque fois) la Suisse mais perd ou au mieux, fait jeu égal avec quasiment tous les autres adversaires. La seule autre nation que les allemands battent en 1911, est la Suède, à Solna. Bref, avant que ne commence les Jeux Olympiques de 1912, qui est la première grande compétition à laquelle l'équipe nationale d'Allemagne se présente, il faut avouer que le bilan en quatre ans d'existence, est plutôt médiocre. Leur seul exploit est d'avoir réussi à faire 2-2 contre l'Angleterre à Mariendorf... encore qu'il s'agissait d'une sélection anglaise amateur.

 

Le Tournoi Olympique de football des JO de 1912 qui se déroule à Stockholm, s'annonce d'emblée intéressant en raison de la participation record annoncée. Pourtant, plusieurs équipes se désistent au dernier moment: le Luxembourg, la Suisse, la France et la Belgique. Quand à la Bohême, elle n'est pas retenue en raison du fait qu'elle n'est pas affiliée à la FIFA. Du coup, en raison des forfaits, certaines nations sont exemptées de premier tour et sont directement qualifiées pour les tours suivants. Ce n'est pas le cas pour l'Allemagne qui dès le premier tour, se retrouve opposée au voisin autrichien, une équipe qu'elle n'a jamais vaincu jusque-là... et qu'elle ne vaincra pas! 

 

Mais, il faut dire que les Allemands ont joué de malchance. Devant 560 personnes (oui, 560 personnes...) au Rasundasportplatz, ce sont pourtant les Teutons qui ouvrent la marque grâce à Adolf Jäger, légendaire buteur du Altonaer FC 1903, qui aurait paraît-il inscrit 2000 buts en près de 700 rencontres (!). La Nationalmannschaft tient le score jusqu'à la mi-temps mais au retour des vestiaires, c'est le drame. Lors d'une intervention, le gardien Albert Weber du Vorwärts 90 Berlin, heurte ses propres poteaux et se retrouve à moitié K.O. Complètement à la ramasse, il encaisse deux buts autrichien en quatre minutes, à la 58ème et 62ème minute de jeu. Victime d'un coup de chaleur (il fait extrêmement chaud en Suède, cet été-là: le match d'ouverture Finlande-Italie s'était aussi joué dans une vraie fournaise), Weber est contraint de sortir. Les remplacements n'existant pas à l'époque (enfin si mais après arrangement avec l'adversaire... autant dire que c'était mort), c'est donc l'attaquant Willy Worpitzky qui prend la place dans les bois et la Nationalmannschaft se retrouve à 10. Les Autrichiens en profitent et finissent par remporter la rencontre, 5-1. 

 

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L'Autriche en blanc, défonce l'Allemagne en maillot sombre aux JO de Stockholm 1912

 

Comme les matchs sont à élimination directe, les JO 1912 sont terminés dès le premier tour, pour l'Allemagne. Enfin, pas vraiment, puisque les officiels ont prévu un "tournoi de consolation" pour les perdants. On pourrait se demander quelle était l'utilité de ce fameux tournoi de consolation puisque le gagnant n'avait droit qu'à... une cinquième place (donc même pas de médaille!). Mais ce sera l'occasion pour la sélection allemande d'enregistrer la plus large victoire de leur histoire. 

 

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Karl Burger, Hans Reese, Gottfried Fuchs, Otto Thiel, Walter Hempel, Adolf Werner, Fritz Förderer, Emil Oberle, Karl Uhle, Josef Glaser, Camillo Ugi

L'équipe qui a enregistré la plus grosse victoire de l'Allemagne: 16-0 contre la Russie. 1912. 

 

 

Que s'est-il passé ce jour-là? Les russes étaient malades? Le gardien n'avait pas de bras? Toujours est-il que l'Allemagne explose littéralement la Russie: 16-0!!! Et l'attaquant de Karlsruhe, Gottfried Fuchs inscrit 10 buts dans la rencontre, égalant le record établi par le danois Sophus Nielsen lors de l'édition 1908 mais établissant un record qui tient toujours en sélection allemande. Mais cette victoire n'aura pas de suite: l'Allemagne est éliminée au tour suivant par la Hongrie, 3-1. 

 

C'est même le début d'une série de défaites (7!) qui ne prend fin qu'avec un 4-4 arraché à la dernière minute par le buteur Karl Wegele, face aux Pays-Bas, à Amsterdam, le 5 avril 1914. C'est le dernier match international avant une longue trêve: quelques mois plus tard, l'archiduc François-Ferdinand, héritier des couronnes d'Autriche et de Hongrie, est assassiné à Sarajevo. Cet événement déclenche la Première Guerre Mondiale. L'Europe tout entière, plonge dans un conflit qui va durer 4 ans et faire des millions de morts. 

 

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Gottfried Fuchs, le premier "Bomber" de la nation, a marqué 13 buts en 6 sélections. Juif, il a dû s'exiler en Canada en 1940. 



#8
Wunderbern

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Entre médiocrité et rivalités: le premier sélectionneur (1920 - 1930)

 

Le 27 juin 1920, l'équipe nationale allemande s'apprête à disputer un match international pour la première depuis six ans. Ce n'est plus la même Allemagne qui est représentée par cette équipe qui pourtant arbore les mêmes couleurs qu''auparavant. L'empire allemand n'existe plus. Grand perdant de la Première Guerre Mondiale, l'empire a explosé et le Kaiser Guillaume II a été forcé d'abdiquer. La république de Weimar s'est mise en place mais les lourdes réparations imposées par le Traité de Versailles, le démantèlement de l'empire (qui perd de nombreux territoires dont l'Alsace et la Lorraine) et le pangermanisme d'une population qui s'estime avoir été trahi, semblent annoncer des lendemains difficiles. 

 

Mais pour l'instant, la vie reprend et le football aussi par la même occasion. Même s'il est difficile d'échapper au contexte historique. Et c'est peut-être parce que les allemands sont haïs par une bonne partie de l'Europe que la DFB se tourne pour organiser son premier match d'après-guerre, vers un voisin qui lui a déjà rendu service par le passé : la très neutre Suisse. Mais si la Suisse accepte, ce n'est pas sans susciter de nombreuses protestations de la part de la communauté francophone. Les associations régionales francophones de football menaceront même de quitter la Fédération suisse de football! Finalement, ces associations déconseilleront simplement aux joueurs des clubs de participer à ce match... et sanctionneront ce qui le feront! Un joueur du Servette, Oskar Merkt désobéira aux consignes et sera exclu de son club. 

 

Comme 12 ans auparavant, l'image comptera plus pour la DFB que le résultat. Il faut dire que pointés du doigt pour avoir déclenché la guerre, les allemands ont tendance à vouloir profil bas. Aussi, la défaite 4-1 du 27 juin 1920, à Zurich, face à la Suisse, ne dérange pas trop personne. Sauf que cela fait un petit moment que l'Allemagne n'a plus gagné...

 

Un peu contrainte de jouer contre les nations des anciens empires centraux, parce que personne d'autre ne veut jouer contre elle, l'Allemagne remporte enfin un match, le 24 octobre 1920, contre la Hongrie, 1-0, mettant fin à une série de 10 matchs sans victoires. C'est le 33ème match officiel de l'Allemagne et seulement sa 7ème victoire. Et il faut le dire, cela ne change pas vraiment dans les années qui suivent. L'équipe d'Allemagne est médiocre et commence même par être minée par les rivalités entre joueurs. L'équipe qui rafle tout dans les années 20, est le 1. FC Nuremberg, der Klub et beaucoup de ses joueurs sont souvent sélectionnés: Heiner Stuhlfauth, considéré comme l'un des meilleurs gardiens de l'époque, le défenseur Hans Kalb, considéré par Herberger comme le meilleur allemand de son époque (on disait même à l'époque "Club ohne Kalb - halb"), Heinrich Träg, Luitpol Popp ou le "vieux" Hans Schmidt (qui est l'un des rares à avoir eu des sélections avant-guerre!). L'un des grands adversaires de Nuremberg est le rival bavarois, le Greuther Fürth, qui envoie aussi régulièrement ses meilleurs joueurs en sélection: Leonhard Seiderer, Andreas Franz, Josef Müller, Hans Hagen. La cohabitation est difficile... et même impossible. Pour un match international contre les Pays-Bas, le 21 avril 1924, l'équipe d'Allemagne se rendra à Amsterdam avec deux trains: l'un contenant les joueurs de Fürth, l'autre, ceux de Nuremberg! Et lorsque Karl Auer, le joueur de Fürth marquera l'unique but de cette victoire historique (c'est la première contre les Pays-Bas), aucun joueur de Nuremberg ne le congratulera. La tension est telle, que le 24 août, lors d'un match contre la Suède, la DFB sélectionnera six nouveaux joueurs tout simplement parce que les joueurs de Fürth et Nuremberg refuseront de jouer ensemble.

 

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Première victoire contre les Pays-Bas (1-0), ils ont l'air soudé comme ça, mais en fait, de fortes rivalités divisent l'équipe...

 

Ces tensions, ainsi que la médiocrité de la sélection - qui est l'une des plus faibles d'Europe - tracasse sérieusement la DFB, qui voudrait faire bonne figure aux Jeux Olympiques de 1928. En fait, rapidement, germe l'idée de mettre à la tête de l'équipe allemande, un sélectionneur comme l'on fait les Autrichiens avec Hugo Meisl. Jusque là, la Nationalmannschaft n'avait jamais connu de sélectionneur: les joueurs étaient simplement choisis par la DFB, en fonction des disponibilités de chacun. Cette idée de sélectionneur ne fait cependant pas l'unanimité: beaucoup voit à travers ce poste, une orientation vers le tant honni professionnalisme (la DFB est depuis le début de son histoire, fidèle à un football amateur). Mais Felix Linneman, le nouveau président de la DFB qui prend ses fonctions en 1925, se veut innovateur et pragmatique. En 1926, il nomme officiellement, Otto Nerz, un médecin aux origines prolétaires, comme sélectionneur de l'Allemagne. 

 

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Otto Nerz, un air de Felix Magath...

 

L'homme n'est pas un rigolo: le cheveu court, le sourire inexistant, le regard toujours suspicieux derrière ses épaisses lunettes, il porte pour valeurs la discipline, la stratégie et la préparation. Mais c'est surtout un homme qui a le regard perpétuellement tourné vers l'Angleterre, qui est à la pointe de ce qui se fait en matière de football: il étudie les matchs, demande conseils à des entraîneurs étrangers comme Jimmy Hogan, Hugo Meisl ou Vittorio Pozzo et adopte la formation WM que Herbert Chapman a mis au point à Arsenal. Les résultats commencent à devenir plus probants. 

 

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L'équipe des JO de 1928: Leinberger, L. Hofmann, R. Hofmann, Hornauer, Kalb, Beier, Albrecht, Stuhlfauth (debout) Weber, Knöpfe, Pottinger (assis ou à genoux) 

 

Le Tournoi Olympique de 1928 à Amsterdam est un enjeu pour les nations du football: car il s'agit d'un véritable Championnat du monde! Et ce n'est pas juste une considération: c'est bien sous ce terme que le Tournoi est présenté. Il s'agit de la deuxième édition des Championnats du monde après le Tournoi Olympique de 1924. S'il y a moins de concurrents que lors de la dernière édition (17 contre 22, cela reste quand même supérieur au nombre d'équipes de la Coupe du monde 1930), l'affiche apparaît plus relevé. Au premier tour, l'Allemagne de Stuhlfauth et Kalb dispose de la Suisse sans trembler: 4-0 avec un triplé de "König" Richard Hofmann, du Dresdner SC. Le match suivant s'avère d'emblée plus difficile: l'Uruguay est tenant du titre et est tout simplement la meilleure équipe de l'époque. Mais les allemands y croient. Ils vont vite déchanter notamment, en raison d'un arbitrage assez... partial. Fidèles à leur réputation et portés par leur grinta, les Uruguayens découpent littéralement les allemands sous le regard peu concerné de Youssouf Mohamed, un arbitre égyptien. C'est un véritable massacre. Mais ce sont les Allemands qui seront pénalisés: à la 37ème minute, c'est le capitaine Hans Kalb qui est expulsé, vraisemblablement coupable d'un coup de poing sur un Uruguayen. Il devient le premier expulsé allemand et cela ne va beaucoup aider l'équipe qui encaissera un joli 4-1. Richard Hofmann, sauvera l'honneur à la 81ème minute, avant de faire lui-aussi expulser à la 87ème minute, après s'être "vengé" sur l'uruguayen José Nasazzi qui avait commis une faute. L'arbitre expulsera tout de même Nasazzi mais le mal est fait: beaucoup d'observateurs noteront la complaisance de l'arbitre égyptien avec les Uruguayens et certains n'hésiteront pas à parler de Skandalspiel. Hofmann sera néanmoins pour son expulsion, privé un an de sélection. Kalb, lui, ne sera plus rappelé. 

 

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Le gardien Stulhfauth contre l'Uruguay

 

Malgré la déception, l'Allemagne a néanmoins remonté la pente et les résultats qui suivent le Tournoi Olympique sont beaucoup plus positifs. Comme un signe, l'Allemagne bat 2-1 à Turin et devant 30 000 spectateurs, pour la première fois de son histoire, l'Italie.

 

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Première victoire contre l'Italie

 

Le 10 mai 1930, la Deutsche Nationalmannschaft se permet même de tenir tête 3-3 aux redoutables anglais: sauf qu'il ne s'agit plus des amateurs mais des vrais professionnels. L'équipe allemande fait belle figure avec "Conny" Heidkamp, le défenseur du Bayern, Ernst Kuzorra, le meilleur joueur allemand du moment qui fera les beaux jours de Schalke 04 et bien sûr, Richard Hofmann qui une nouvelle fois, signe un hat-trick. Les Anglais surnommeront le buteur allemand, King Richard. 

 

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King Richard

 

A vrai dire, cette équipe semble avoir les moyens de faire quelque chose à la Coupe du Monde de 1930, une compétition que la FIFA vient tout juste de créer. Sauf que c'est ballot, l'Allemagne ne participera pas à la Coupe du Monde...

 

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Hans Kalb sous le maillot de Nuremberg, avec qui il gagna 5 titres de champion d'Allemagne



#9
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Une Coupe du monde ratée, une autre réussie (1930 -1934)

 

N'ayons pas peur de le dire, la Coupe du Monde 1930 a failli être un véritable fiasco. L'idée de créer cette compétition date depuis le début du siècle mais n'a pour l'instant et pour différentes raisons, jamais pu être réalisée. Jusqu'en 1928, c'est le Tournoi Olympique de football qui tient lieu de championnat du monde (c'est sous ce terme que sont nommés les Jeux de 1924 et 1928) mais la FIFA veut se libérer de la tutelle olympique et surtout permettre de mettre en place un tournoi qui ne soit pas seulement ouvert aux amateurs comme l'ordonne la règle olympique (même si c'est un "amateurisme marron"...). La Coupe du Monde de la FIFA est crée en 1928 et le pays choisi pour organiser cette compétition, n'est autre que le double champion du monde en titre: l'Uruguay. Ce petit pays sud-américain souvent considéré comme la "Suisse du continent américain" est à l'époque, ce qui se fait de mieux en matière de football: son championnat est professionnalisé et ses infrastructures sont parfaites. De plus, le pays fête son Centenaire!

 

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Tous les ingrédients semblent présents pour une formidable compétition. Et bien non.

 

En fait, la plupart des nations européennes boudent le tournoi. Il y a tout d'abord, la distance qui rebutent certains (il faut environ deux semaines de bateau pour rejoindre Montevideo), d'autres nations comme l'Espagne n'arrivent pas à récupérer leurs joueurs accaparés par leurs clubs, l'Angleterre, elle, refuse de s'affilier à la FIFA... et puis, il y a le krach boursier de 1929! Autant dire que beaucoup de nations n'ont pas trop à coeur de se lancer dans des dépenses inutiles. L'Allemagne est l'un des pays les plus touchés par la crise: on pourrait penser que c'est pour cette raison qu'elle a refusé de prendre par au tournoi. Mais en fait non. C'est une question de principe: l'Allemagne farouche partisan de l'amateurisme, refuse de disputer des matchs contre des joueurs professionnels. Elle avait d'ailleurs voté contre la Coupe du Monde en 1928. Au final, seules quatre nations européennes feront le long voyage vers l'Amérique du Sud: la Belgique, la Yougoslavie, la Roumanie et bien sûr, la France qui aura l'honneur d'ouvrir grâce à Lucien Laurent, le compteur but d'une compétition qui malgré les défections, sera grâce à son énorme affluence, non pas un fiasco mais une vraie réussite!

 

L'équipe d'Allemagne, elle, continue son florilège de matchs amicaux... plutôt médiocres en ce début des années 30. L'équipe qui a le vent en poupe à l'époque est l'équipe autrichienne, surnommé la "Wunderteam" tant elle envoie du beau jeu grâce à son exceptionnel attaquant Matthias Sindelar. Par deux fois, en 1931, l'Allemagne subit une fessée face à son voisin: 6-0 à domicile et 5-0 à Vienne. Même si les deux pays germanophones ne boxent pas dans la même catégorie, Otto Nerz commence à subir de sérieuses critiques en raison de son obsession de la préparation physique et de son approche théorique. On lui reproche notamment de ne pas permettre aux deux stars de Schalke 04, Ernst Kuzorra et Fritz Szepan de s'exprimer librement en sélection. Kuzorra peu apprécié par Nerz, ne connaîtra même que 9 sélections dans toute sa carrière. 

 

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La Wunderteam de Sindelar atomise l'Allemagne, 6-0

 

Szepan en revanche, fera une plus longue carrière sous le maillot de la sélection. Il est même nommé capitaine de l'équipe d'Allemagne pour la Coupe du Monde 1934, que les allemands acceptent cette fois de disputer. Les mentalités ont évolué vis-à-vis du professionnalisme et il n'y a pas eu de football aux Jeux Olympiques de 1932: du coup, les allemands ont faim de football. Mais ce ne sont pas les seules raisons du revirement outre-Rhin. Depuis 1933, le pays est passé dans les mains des nazis et le football comme tous les autres sports, est utilisé à des fins de propagande: désormais, les joueurs allemands se doivent de faire le salut nazi avant chaque match. C'est ce qu'ils font avant de disputer le 100ème match de l'histoire de la sélection: il s'agit d'un match de qualification contre le Luxembourg que l'Allemagne remporte largement: 10-0. Ce match historique permet aussi enfin à la sélection allemande d'avoir un bilan positif: c'est-à-dire plus de victoires que de défaites!

 

La Coupe du Monde 1934 se déroule dans l'Italie de Mussolini. L'atmosphère est tendue, à l'image de la situation internationale: les dictatures poussent un peu partout en Europe: Italie, Allemagne. Otto Nerz n'a pas retenu Kuzorra et aligne Fritz Szepan dans un rôle de milieu organisateur-relayeur alors qu'il joue normalement sur l'aile. 

 

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Fritz Szepan, souvent considéré comme le Beckenbauer d'avant-guerre, par son intelligence de jeu et ses qualités techniques

 

L'équipe alignée pour le premier match contre la Belgique, est celle-ci: Kreß garde les bois, avec devant lui, en défense centrale, Sigmund Haringer et Hans Schwartz. Le milieu est composé de Zielinski à gauche, Janes à droite et Szepan au centre au coeur du jeu. En attaque, Conen joue avant-centre et est soutenu par Hohmann et Siffling. Kobierski et Lehner eux occupent les ailes. 

 

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Haringer, Hohmann, Kreß, Siffling, Zielinski, Schwartz, Conen, Kobierski, Janes, Lehner, Szepan

 

Pour sa première, l'Allemagne atomise la Belgique 5-2: Kobierski devient le premier buteur de la nation dans la compétition et Edmund Conen, le premier allemand à inscrire un triplé. Un triplé qui permet à l'Allemagne de sortir d'une mauvaise situation puisqu'ils étaient menés 2-1 à la mi-temps.

 

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Conen signe un triplé contre les Diables Rouges

 

Le second match se déroule contre une Suède qui a gagné son premier match contre l'Argentine et dont le gardien Anders Rydberg se vante de n'avoir jamais encaissé de buts contre les allemands. Nerz a opéré deux changements par rapport au précédent match: Hans Schwartz laisse sa place à Wilhelm Busch en défense, tandis que celui qui deviendra plus tard une légende, Paul Janes est remplacé par Rudi Gramlich. Après une première mi-temps prudente, les allemands tirent avantage de la blessure du suédois Ernst Andersson qui doit sortir à la 57ème minute, en marquant deux buts grâce à Karl Hohmann. Hohmann lui-même devra sortir, ce qui  permettra aux Suédois de marquer un but à la 82ème minute. Mais ce sera trop tard pour revenir. La presse saluera la prestation de Szepans, bien meilleure que toutes celles qu'il avait déjà offertes en sélection. Pour sa première participation, l'Allemagne atteint les demi-finales... mais sans le double buteur du dernier match Karl Hohmann, forfait. Nerz veut le remplacer par le puissant défenseur Reinhold Müzenberg, resté en Allemagne pour se marier mais Linneman refuse et conseille de remplacer Hohmann par Rudi Noak. Jakob Bender remplace Gramlich, rappelé par son travail et donc contraint de quitter le groupe (et oui, ce sont des amateurs!). La demi-finale se joue contre la Tchécoslovaquie et c'est elle qui ouvre la marque par Nejedly à la 29ème minute. Il faudra presque une heure de jeu pour que les allemands reviennent au score grâce à Noak qui profite d'une contre-attaque amorcée par Siffling (59ème). Mais 3 minutes plus tard, c'est de nouveau Nejedly qui douche les espoirs allemands, avant de définitivement plier le match, par son troisième but personnel à la 71ème minute. Les commentateurs noteront la piètre performance du gardien allemand, Willibald Kreß, fautif sur les trois buts. L'Allemagne sort donc en demi mais a l'opportunité de jouer le match pour la troisième place. Contre l'Autriche. 

 

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Willibald Kreß au sol, voit le ballon s'échapper... 

 

Pour cette petite finale, la Wunderteam autrichienne doit composer sans son petit génie, Matthias Sindelar, blessé par l'italien Monti. L'Allemagne doit aussi composer avec ses problèmes d'effectif. Gramlich est retourné travailler, Haringer, le défenseur du FC Bayern a été viré du groupe par Nerz pour avoir mangé une orange et Kreß, décevant lors du dernier match, n'est pas envisagé pour le prochain. Nerz choisit de titulariser le surpuissant défenseur Reinhold Müzenberg (revenu de son mariage visiblement) et de redonner sa chance au talentueux Paul Janes. Il offre aussi à Szepan la possibilité de jouer enfin en attaque à son poste. Quand à Kreß, il est remplacé par Hans Jakob dans les cages. Tout est prêt pour démarrer le match de classement. Sauf qu'il reste le problème des maillots puisque l'Allemagne et l'Autriche arborent tous deux un jersey blanc. C'est l'Autriche qui changera de maillot et prendra en remplacement celui de l'équipe qui joue habituellement dans le stade où se déroule le match: le SSC Napoli. Bref, les autrichiens jouent donc en bleu ciel. 

 

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Hans Jakob s'impose face aux Autrichiens bleu ciel!

 

Dès la 24ème seconde, Heidemann (lui aussi nouveau entrant dans la formation) inscrit un but sur une passe de Szepan. Puis à la 29ème, c'est Conen qui marque son quatrième but du tournoi. Les Autrichiens réduisent le score dans la foulée mais juste avant la mi-temps, Lehner permet à l'Allemagne de mener 3-1. Les Autrichiens réduiront une nouvelle fois le score à la 55ème minute sans toutefois réussir à revenir. L'Allemagne finit donc 3ème de la Coupe du Monde 1934 pour sa première participation à cette compétition. 

 

Mais surtout l'Allemagne a montré qu'elle était devenue désormais une nation qui comptait dans le football européen, chose qui semblait encore improbable dix ans auparavant. Cela ne devrait pas déplaire aux nazis, toujours soucieux de trouver des héros et des instants de gloire pour servir sa propagande. Mais les nazis ne feront que peu de cas de cette performance. Le football n'est pas une priorité: pour l'instant, tous les yeux sont tournés vers les Jeux Olympiques de 1936, qui se déroulent à Berlin et qui doivent être le triomphe de l'idéologie nazie...



#10
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La Deutsche Nationalmannschaft aux JO de Berlin: le camouflet! (1936)

 

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Les Jeux de Berlin: le sport au service de la propagande nazi

 

On voit après la Coupe du Monde 1934 que l'équipe d'Allemagne a changé de dimension: elle remporte 7 matchs internationaux d'affilée (et 8 même si l'on compte la "petite" finale contre l'Autriche), ce qui ne lui était jamais arrivé auparavant. Et ce ne sont pas que des victoires sans importance: le 17 mars 1935, au Parc des Princes, l'Allemagne bat la France pour la première fois de son histoire: 3-1. 

 

C'est l'Espagne que l'Allemagne rencontre pour la première fois à Cologne en mai 1935, qui casse la belle série (2-1 pour les Ibériques). Mais cela est sans grande incidence. Lors de la seconde moitié de l'année 1935, l'Allemagne reprend sa marche en avant et aligne de nouveau les victoires. L'objectif est le Tournoi Olympique de football qui se déroule à Berlin en 1936. La sélection allemande peut se permettre de rêver: entre le dernier match de la Coupe du monde 1934 et le début des JO de 1936, elle a remporté 16 matchs, fait une fois égalité et perdu seulement à 4 reprises! Otto Nerz, désormais le vent en poupe après le triomphe de ses idées à la Coupe du Monde 1934, se base sur un effectif où l'on retrouve principalement les "héros" de 1934: Szepan, Siffling, Hohmann, Lehner, Janes, Münzenberg, Gramlich... Hans Jakob a définitvement remplacé Kreß dans les cages, et se révèle une valeur sûre de l'équipe. 

 

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Hans Jakob, l'un des meilleurs gardiens d'avant-guerre

 

Pourtant, au Tournoi Olympique de 1936, Nerz doit se priver de Fritz Szepan, le maître à jouer de son équipe (qui a tant impressionné les anglais lors d'un amical à White Hart Lane). Szepan a fait partie de l'équipe de Schalke 04 qui avait été sanctionné en 1930 pour professionnalisme: le club avait versé des primes aux joueurs. Cela ne cadre pas avec les règles olympiques qui exigent des athlètes irréprochables. Du coup, c'est Rudolf Gramlich, le milieu de l'Eintracht Francfort qui est nommé capitaine. Tout commence bien pour les Allemands: le premier adversaire est le Luxembourg, une équipe contre qui en général, ils marquent beaucoup de buts. Pas de surprise: le Luxembourg encaisse un 9-0 et l'Allemagne se qualifie pour les quarts de finale contre la Norvège, le 7 août 1936.

 

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"Ceux qui vont se vautrer te saluent"

 

Ce jour-là, Hitler avait prévu de voir le concours d'aviron, mais Albert Forster, Gauleiter de Danzig, lui conseille d'aller voir le match, en arguant que l'équipe allemande a des chances de remporter le tournoi. Pourquoi pas? Quatre jours auparavant, Hitler avait reçu un véritable camouflet en voyant un noir, Jesse Owens, remporter le 100 mètres devant les meilleurs sprinters blancs. Il serait peut-être de bonne augure d'assister aux victoires de la nation. Mais le Führer ne se déplace jamais seul: c'est tout le gouvernement et les grands pontes du Parti qui l'accompagnent (Goering, Hess, Goebbels, Frick...) et assistent à... la défaite de l'Allemagne!

 

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Quand ça ne veut pas rentrer...

 

Cela reste une surprise car personne n'imaginait la modeste Norvège battre la redoutable Nationalmannschaft. Mais l'entraîneur "Assi" Halvorsen connaît bien le championnat allemand et les méthodes de Nerz, puisqu'il a entraîné pendant un temps, Hambourg. Tout est parti de travers pour les Allemands lors de ce match. Très rapidement menés au score par un but d'Isaksen à la 7ème minute, les Allemands perdent patience au fur et à mesure que le match avance et se ruent l'attaque. Nerz ordonne même aux défenseurs d'attaquer. Isaksen en profite pour marquer de nouveau un but qui cette fois, enterre définitivement l'Allemagne à la 83ème minute de jeu. Hitler, qui n'a jamais vu de match de football auparavant, quitte le stade à peine le match terminé. Encore un camouflet. D'autant plus qu'à l'époque, un nom comme celui d'Isaksen sonne... juif! 

 

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Magnar Isaksen, le "Jesse Owens" du football olympique

 

Les conséquences ne tarderont pas à venir et c'est la tête d'Otto Nerz qui tombe. Rien à voir avec une quelconque vengeance du Führer ou d'un ponte du Parti nazi: ceux-ci ont rapidement compris que le football est trop imprévisible et hasardeux pour tenter de le régenter (même s'ils essaieront quand même de la faire sporadiquement). En fait, c'est la DFB qui décide de mettre sur la touche, un entraîneur qui consacre trop de temps à ses études sur le sport et qui irrite tous les joueurs avec sa discipline très militaire et son organisation très pointilleuse (Hohmann dira plus tard qu'il n'avait même pas le temps d'aller ch... hum... poser une pêche). Le successeur est tout trouvé: il s'agit de Sepp Herberger. 

 

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Sepp Herberger



#11
Wunderbern

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Un mélange improbable d'Allemands et d'Autrichiens: un second camouflet (1938)

 

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Otto Nerz et Sepp Herberger: le père et le fils. 

 

Ancien joueur de Mannheim (du Waldhof et du VfR: le traître!), Herberger est l'assistant de Nerz qui l'a pris sous son aile dès sa carrière de joueur terminée. Mais le "fils" n'hésite pas à "tuer le père", pour avoir la place de "Reichtrainer" et après une courte lutte de pouvoir, Herberger est nommé sélectionneur national. Nerz reste cependant en coulisses. Les débuts sont assez difficiles: fin 1936, l'Allemagne perd contre l'Ecosse et l'Irlande et fait jeu égal avec l'Italie et l'Irlande. Pour l'instant, il n'y a guère que le Luxembourg que l'Allemagne arrive à battre. Mais, peu à peu, la méthode Herberger prend forme et l'équipe enchaîne les victoires: 10 d'affilée lors de l'année 1937. L'équipe est irrésistible et le pinacle est atteint le 16 mai 1937, lorsque l'Allemagne atomise le Danemark 8-0, à Breslau. L'équipe qui est alignée ce jour-là est considérée comme l'une des meilleures de l'histoire de l'Allemagne d'avant-guerre. Elle est restée dans l'histoire comme le Breslau Elf (le 11 de Breslau). Si la plupart des joueurs constituait déjà la base de l'équipe troisième de la Coupe du monde 1934, on compte quand même quelques ajustements et ajouts. Petite présentation:

 

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Szepan, Jakob, Gellesch, Lehner, Münzenberg, Goldbrunner, Janes, Siffling, Urban, Kupfler, Kitzinger: le "Breslau Elf"

 

Hans Jakob s'est imposé comme le meilleur gardien ayant joué jusque-là en sélection. Il réussira même à conserver 11 clean-sheets lors de ses 38 sélections.

 

Reinhold Münzenberg et Paul Janes forment la charnière défensive, dans une complémentarité parfaite: Münzenberg est un joueur puissant, physique et agressif tandis que Janes est un défenseur polyvalent technique, brillant, calme, exceptionnel dans l'anticipation et surtout un incroyable tireur de coups francs. Paul Janes, véritable légende de la sélection, établira même un record de 71 capes qui tiendra jusqu'en 1970!

 

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Paul Janes, l'une des légendes de la Deutsche Nationalmannschaft. 

 

Andreas Kupfer (élégant et extrêmement doué avec les deux pieds) et Albert Kitzinger qui jouent ensemble à Schweinfurt, occupent le milieu. Ils évoluent comme de vrais "box-to-box" devant la première grande star du FC Bayern, Ludwig Goldbrunner.

 

Devant, le très rapide et technique, Ernst Lehner s'occupe du flanc droit tandis que le Schalker Adolf Urban occupe le flanc gauche (il sera le seul membre du Breslau Elf à mourir pendant la Seconde Guerre Mondiale). Fritz Szepan, considéré comme le Beckenbauer de son époque, joue dans un rôle de milieu offensif aux côtés du jeune Rudolf Gellesch, souvent considéré comme son double. Le rôle de pointe échoit au prolifique et mobile, Otto Siffling (qui mourra deux ans plus tard de pleurésie). 

 

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Otto Siffling vers 17 ans, sous le maillot du Waldhof Mannheim. 

 

C'est avec ces joueurs que Herberger explose toute adversité pendant l'année 1937 et peut nourrir des ambitions pour la Coupe du Monde 1938 qui se déroule en France: l'Allemagne semble imbattable. Mais l'histoire va en décider autrement. 

 

Car à l'époque, la situation est très chaude entre les nations et la menace d'une guerre plane au-dessus de l'Europe: les nazis ont militarisé le pays, veulent récupérer les territoires perdus lors du Traité de Versailles et même - n'ayons pas peur des mots - conquérir l'Europe qu'ils considèrent comme leur "espace vital". L'un des premiers signes de ce tempérament belliqueux est l'annexion de l'Autriche à l'Allemagne, le 12 mars 1938. C'est l'Anschluß. Cela a aussi une répercution au niveau du football car désormais, l'équipe d'Allemagne et d'Autriche ne font plus qu'une!

 

Mais si on peut reconnaître des connexions entre deux peuples qui partagent la même langue, la même culture (surtout entre bavarois et autrichiens) et surtout dont les idées de Hitler sur la question juive ne laissent pas insensibles, ce n'est pas du tout le cas en football: Allemands et Autrichiens se détestent. Les rencontres ont toujours été empreintes de rivalité (l'Autriche a toujours été un dangereux et difficile adversaire pour l'Allemagne) et émaillées d'incidents. Déjà en 1912, aux Jeux Olympiques, les Autrichiens avaient refusé que le gardien allemand Albert Weber blessé dans un choc, soit remplacé. Pour Herberger, il est hors de question de toucher à son "Breslau Elf" en y incorporant des Autrichiens. Mais Linneman, président de la DFB le prévient: les ordres viennent d'en haut et il convient de présenter à la prochaine Coupe du monde, une sélection qui soit le triomphe du pangermanisme. Et pas question d'incorporer juste un ou deux joueurs, les ordres sont clairs: 5 joueurs d'une nation et 6 joueurs de l'autre! Le prodige autrichien Matthias Sindelar, anti-nazi convaincu, refuse de jouer pour cette sélection du IIIème Reich: il sera trouvé mort en janvier 1939, avec sa compagne dans son appartement, apparemment d'une intoxication au monoxyde de carbone, due à un poêle défectueux. Bref, un accident mystérieux qui ressemble à un meurtre "déguisé" opéré par la Gestapo par qui il était traqué... Il faut dire qu'il avait fait un joli pied de nez aux Allemands. Le 3 avril 1938, quelques semaines après l'Anschluß, Sindelar avait joué pour la dernière fois avec l'Autriche (baptisé "Ostmark" pour marquer le changement de statut) contre l'Allemagne (baptisé "Altreich") lors d'un match qui ne sera jamais considéré comme officiel. Ce match, l' "Anschlußspiel" ou "match de la réconciliation"  qui se déroule à Berlin, doit finir sur un 0-0 pour contenter tout le monde. Mais Sindelar en décide autrement: après avoir joué le jeu pendant près d'une heure de match où il balade l'Allemagne mais tire volontairement à côté des buts, il ouvre le score à la 70ème minute et s'en va fêter son but sous le nez des dignitaires nazis. Comme pour accentuer la défiance de cette nation - qui n'en est plus une - Sesta alourdit le score par un coup franc de quarante mètres. 

 

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Quand Sindelar se moquait des nazis... 

 

L'Anschluß embarrasse Herberger qui essaye néanmoins de constituer l'équipe voulue par les nazis. Lors d'un match amical, le 14 mai 1938, contre l'Angleterre (qui choque la nation britannique en effectuant un salut qui ressemble au salut nazi) à Berlin, Herberger sélectionne l'autrichien Hans Pesser mais l'Allemagne perd 6-3. Il est trop tard pour faire d'autres tests: la compétition commence pour les Allemands le 4 juin, contre la Suisse.

 

La Coupe du Monde 1938 qui se déroule en France, s'ouvre dans un climat de tension extrême. Depuis l'annexion de l'Autriche, il ne fait plus de doute que le guerre est prête à éclater bientôt. Elle a déjà d'ailleurs déjà éclaté en Espagne dont la sélection a dû déclarer forfait. Autre absent de taille: l'Uruguay qui n'a pas digéré que le tournoi se déroule une nouvelle fois en Europe. C'est la seconde fois que le Champion du monde 1930 boude la compétition: en 1934, elle n'avait pas non plus fait le voyage pour protester contre les pays européens qui avaient refusé eux-même de faire le voyage quatre ans plus tôt lorsque la Coupe du monde se déroulait en Uruguay. 

 

Sepp Herberger a constitué son équipe en prenant 9 joueurs autrichiens, Wilhelm Hannemahn, Hans Mock, Leopold Neumer, Hans Pesser, Rudolf Rafti, Willibald Schmaus, Stefan Skoumal, Franz Wagner, Josef Stroh et 13 joueurs allemands pour la plupart issu du Breslau Elf. La Suisse, entraînée par Karl Rappan, n'est pas vraiment une petite équipe à l'époque: elle a même battu l'Angleterre quelques semaines auparavant. Sepp Herberger, fidèle aux "ordres d'en haut", aligne une équipe constituée de 5 autrichiens et de 6 allemands. Mais ce panachage a mis sur la touche Fritz Szepan, le meilleur joueur allemand et Hans Jakob, le gardien. Au final, c'est même un autrichien Hans Mock, qui hérite du brassard! Ce 11 du Reich ne convainc pas. Selon le journaliste Christian Eichler: "les Allemands et les Autrichiens préfèrent jouer les uns contre les autres même en jouant dans la même équipe!" Les Allemands ouvrent le score par Gauchel à la 29ème minute mais se font rejoindre par les Suisses à la 43ème minute. Malgré les prolongations, le score ne bouge plus et il faut jouer un match d'appoint cinq jours plus tard.

 

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Raftl, le gardien autrichien de l'Allemagne...

 

Sepp Herberger décide de faire des changements mais sans modifier cette règle de parité de nationalité. Des joueurs comme Goldbrunner font leur retour. Mais c'est surtout la titularisation de Szepan à la place de Mock qui est la grande nouveauté! Il hérite évidemment du brassard qu'il avait laissé à l'Autrichien. Ces changements semblent porter leurs fruits puisqu'après 30 minutes de jeu, l'Allemagne mène 2-0 contre la Suisse. Mais, c'est un trompe-l'oeil. Rapidement, la Suisse de Rappan reprend du poil de la bête tandis que l'Allemagne se désintègre. La Suisse inscrit quatre buts et fait sortir cet improbable mélange de Breslau Elf et de Wunderteam par la petite porte de la compétition, 4-2. 

 

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La Suisse en action face à l'Allemagne-Autriche: 4-2...

 

Cette défaite est une véritable claque infligée aux nazis et à leur propagande. Mais il faut avouer que ceux-ci n'en ont que faire (même si beaucoup critiqueront l'accueil des français, très hostiles envers cette équipe d'Allemagne nazie): l'heure n'est pas au football, ni même au sport... mais à l'annexion des Sudètes, second pas après l'Anschluß pour coloniser l'Europe et déclencher la Guerre. Le 1er septembre 1939, l'Allemagne nazie envahit la Pologne: c'est le début de la Seconde Guerre Mondiale...

 

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Goldbrunner et Streitle rentrent à la maison, dépités...



#12
Roter Baron

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Merci pour cette historique!

Tjrs aussi passionnant :)


En cours de développement ... 


#13
frank

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Le maillot lol

#14
Kast38

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Toujours un kiffe, merci Wunder !



#15
Wunderbern

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Merci, merci  :)



#16
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Le football de guerre... lasse (1938 - 1942)

 

Le début de la Seconde Guerre Mondiale en 1939 n'arrête pas la tenue des matchs internationaux. Du moins pour l'Allemagne ou en tout cas, la nation qu'elle représente. Il faut dire que la guerre ne touche au début, pas le pays même, mais ses voisins. Dès la fin de la Coupe du Monde 1938, Sepp Herberger bien que dépité, veut relancer la machine et bâtir une équipe capable de remporter les Jeux Olympiques de 1940, qui devraient se dérouler à Helsinki suite au forfait de Tokyo en raison de la guerre qui l'oppose à la Chine. Pour cela, on lui laisse les mains libres quant aux choix des joueurs sélectionnés: il n'est plus question de parité ou de quotas de joueurs autrichiens.

 

Et la différence se voit dès le match d'après Mondial contre la Pologne (qui ironiquement fera partie du IIIème Reich moins d'un an plus tard), la Nationalmannschaft s'impose 4-1 avec seulement 3 autrichiens dans ses rangs (Hahnemann, Stroh et Pesser) mais aussi un jeune joueur qui va sûrement plus apprendre de Herberger que des autres joueurs sur le terrain: Helmut Schön qui marque un but ce jour-là.

 

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Helmut Schön joueur

 

Ce sont ensuite les Roumains et les Belges qui tombent par le même score suivis des Yougoslaves (3-2). Seule gros point noir au tableau: l'incroyable défaite contre le Luxembourg, 2-1 où Herberger avait choisi d'aligner une équipe B. Cette défaite restera la seule de l'histoire de l'Allemagne contre cet adversaire! Les matchs se poursuivent jusqu'au déclenchement de la Seconde Guerre Mondiale en 1942. Si la Finlande annonce qu'elle maintiendra malgré tout, la tenue des JO dans un premier temps, elle y renonce définitivement en novembre 1939 alors qu'elle est attaquée par l'URSS lors de la Guerre d'Hiver. Désormais, l'Allemagne n'a plus vraiment d'objectif sur le plan du football, si ce n'est disputer des matchs amicaux... avec les nations qui le veulent bien! En deux mots, les matchs sont organisés avec les pays plus ou moins alliés à l'Allemagne (Italie, Bulgarie, Roumanie...) ou déclarés "neutres" (Danemark, Norvège, Suisse, Finlande...) en fonction des disponibilités de chacun. 

 

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Fritz Walter à gauche en 1942

 

Ces rencontres permettent au moins à l'Allemagne de s'illustrer lors de rencontres de prestige: ainsi, les Allemands battent devant 90 000 personnes à Chemnitz, le Champion du monde italien (même si seulement deux joueurs de l'équipe championne du monde 1938 sont alignés), 5-2. C'est la première fois que l'Allemagne bat un champion du monde! Ces rencontres permettent aussi à Herberger de donner leur chance à de nouveaux joueurs comme le jeune (19 ans) et futur légendaire Fritz Walter qui fête sa première sélection, le 14 juillet 1940 en signant un triplé contre une Roumanie battue 9-3. Néanmoins, même si pour la plupart des spectateurs, ces matchs peuvent apparaître comme des trêves rafraîchissantes dans une époque tourmentée, il ne faut pas oublier que pour les nazis, ces matchs servent avant tout à la propagande. Et le moindre faux-pas est scruté et puni. 

 

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Quand la "Nati" suisse gâchait l'anniversaire de Hitler...

 

Ainsi lorsque l'Allemagne est battue à Berne par la Suisse, le 20 avril 1941, date d'anniversaire du Führer, le ministre de la propagande Joseph Goebbels n'y va pas par quatre chemins: la défaite est interdite, tout match qui soit trop imprévisible doit être évité et si les joueurs ne sont pas bons, ils seront envoyés au front! Il ne faut pas trop se leurrer: si les matchs internationaux continuent, c'est surtout pour distraire la population, pour montrer aux autres petites nations qui est le "boss" et que le IIIème Reich à l'image du football, écrase tout sur son passage (même si pour que ça marche, ce sont souvent de petites nations). L'idéologie nazie est plus que jamais omniprésente: les joueurs sont endoctrinés et doivent même assister à des cours d'endoctrinement tous les jeudi! Le football ne protège pas ceux qui le pratiquent ou qui l'ont pratiqué: Julius Hirsch, ex-international et héros sportif de la nation, parce qu'il est juif, est envoyé à Auschwitz en 1943. On finira par le déclarer mort en 1945.

 

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Juif... et patriote: Julius Hirsch s'était engagé pour dé fendre son pays en 1914.

 

Le 22 novembre 1942, la Deutsche Nationalmannschaft dispute son dernier match de la Seconde Guerre Mondiale, à Bratislava contre la Slovaquie. Pour l'anecdote, quelques semaines avant, les Slovaques avaient signé un accord avec l'Allemagne pour la déportation des juifs slovaques. L'équipe allemande gagne 5-2 mais sa fin est actée: après une défaite 3-2, en septembre 1942, contre la Suède à Berlin, le régime a fini par perdre patience envers un sport dont on ne peut jamais prédire la victoire. Goebbels aurait été déclaré avoir été ulcéré de voir "100 000 personnes quitter le stade déprimées" car pour eux "une victoire en football leur est plus proche qu'une victoire de guerre". Pour préserver le moral des Allemands, il est donc décidé de supprimer les matchs internationaux... et d'envoyer les joueurs au front!

 

C'est donc parce que les dirigeants du IIIème Reich ne supportaient pas la défaite qu'ils ont fini par supprimer le football. C'est pourtant ce qu'ils vont connaître le 8 mai 1945. Ne supportant pas cette défaite-là non plus, ils finiront par se supprimer eux-même dans un bunker. Le football et le peuple allemand renaîtront sur leurs cendres. Mais ce sera dur à porter. 

 

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Beaucoup de joueurs internationaux allemands joueront dans les "Rote Jäger", une équipe de football de la Luftwaffe, créé par le célèbre pilote de chasse Hermann Graf, qui évoluait au poste de gardien



#17
Wunderbern

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Le come-back d'après-guerre (1950 - 1954)

 

Le 22 novembre 1950, sous une pluie battante, l'équipe nationale allemande pénètre sur le terrain du Neckarstadion, à Stuttgart pour disputer le premier match officiel de l'après-guerre contre l'équipe nationale suisse. 

 

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Cela ressemble à du déjà-vu. 

 

Et pour cause, c'étaient contre les Suisses (mais à Bâle) que les Allemands avaient joué 42 ans plus tôt, le premier match de leur histoire. La Suisse a décidément une place particulière dans le football allemand. D'autant que c'est en grande partie grâce à son voisin que l'Allemagne est revenue dans le monde du football. 

 

La guerre qui s'est terminée en 1945 a laissé le pays en ruines. La plupart des grandes villes sont détruites, le pays est occupé par les forces alliées qui ont découpé le territoire et le peuple est pointé du doigt pour sa responsabilité dans la guerre et dans l'holocauste. Bref, il ne fait pas bon être allemand à l'époque. Néanmoins, le pays se reconstruit progressivement, tout comme le football. Pendant un temps dissous et interdits parce qu'ils ont participé à la propagande nazie, les clubs de football sont de nouveau autorisés et le championnat reprend dès 1948. Mais pour la sélection nationale, ce n'est pas encore gagné: l'Allemagne est bannie de toute compétition ou rencontre internationale par la FIFA. De toute façon, en novembre 1945, la FIFA a tout simplement dissous la DFB et l'Allemagne n'est plus officiellement vraiment un pays. 

 

La Suisse dès 1948, milite à la FIFA pour réintégrer l'Allemagne au sein du football mondial. Ce que la FIFA et son président, Jules Rimet refusent obstinément. L'ASFA , soit la fédération suisse de football, ira même jusqu'à organiser des matchs amicaux entre sélections de villes allemandes et suisses, ce qui lui sera reproché par la FIFA (l'ASFA pour calmer le jeu fera payer une amende de 500 Francs suisses aux organisateurs). Même si le sujet divise dans la Confédération Helvétique, beaucoup pensent que le sport est une manière de rapprocher les peuples. Certains n'aiment pas non plus l'ingérence de la politique dans le domaine sportif et surtout le fait que la FIFA ne soit pas assez apolitique sur le sujet. Mais, peu à peu, les mentalités évoluent en même temps que la situation politique change: l'URSS qui occupe l'Est de l'Allemagne et cherche à former un bloc face aux Alliés, apparaît comme le nouvel ennemi. Le blocus de Berlin déclenché par les Soviétiques, pousse les Alliés à fusionner les trois zones en mai 1949, pour former un Etat ouest-allemand: la République Fédérale Allemande. L'Allemagne existe de nouveau officiellement et peut désormais re-fonder la DFB, ce qu'elle fait le 21 janvier 1950. Mais la DFB ne représente désormais seulement que les clubs de la RFA: les clubs de l'Est et de la Sarre (occupée par la France et voulue comme une zone autonome) n'en font pas partie. Le 22 septembre 1950, la Suisse pose la demande d'une réintégration de l'Allemagne à la FIFA et celle-ci est acceptée. Un mois plus tard, un match est organisé à Stuttgart. 

 

Sepp Herberger est rappelé au poste de sélectionneur, malgré son passé de membre du Parti nazi (il avait adhéré dès 1933). La DFB n'est pas très regardante même si le bonhomme est passé par la case "dénazification". Otto Nerz, lui, n'a pas eu cette chance et fut interné comme prisonnier de guerre nazi avant de mourir d'une méningite en 1949. Il faut quand même signaler que le choix de Herberger ne fut pas si évident et le tout nouveau président de la DFB, Peco Bauwens voulait plutôt examiner plusieurs candidatures avant de choisir le nouveau sélectionneur. 

 

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Peco Bauwens, l'homme des envolées lyriques...

 

De l'eau a coulé sous les ponts depuis 1942, date du dernier match de la Deutsche Nationalmannschaft. L'équipe n'a plus rien à voir avec celle des années 40 et 9 joueurs font leurs débuts. Seuls deux joueurs avaient déjà eu des capes auparavant: le défenseur du FC Bayern, Jakob Streitle qui joua même un des deux matchs contre la Suisse lors de la Coupe du Monde 1938 et le technique et élégant  milieu de terrain Andreas Kupfer qui formait une excellente charnière avec son compère du 1. FC Schweinfurt, Albin Kitzinger. C'est d'ailleurs Kupfer qui est capitaine de l'équipe. Parmi les nouveaux venus, on notera la présence du gardien  Anton Turek, d'un certain Max Morlock et d'Ottmar Walter dont on reparlera beaucoup par la suite. Seul manque à l'appel, le frère d'Ottmar et le fils spirituel de Sepp: Fritz Walter, la star du 1. FC Kaiserslautern. Sa non-sélection lors de ce match restera pour toujours une énigme. Beaucoup de journaux gloseront sur son absence invoquant une blessure au genou, une crise de nerfs, une réaction envers les critiques... enfin, toutes sortes d'excuses aussi alambiquées que suspectes. 

 

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Ottmar, frère de Fritz

 

Le match attire une foule considérable: selon les sources, le chiffre oscille entre 100 000 et 115 000 spectateurs! Le match marqué par les exploits du gardien suisse Adolphe Hug qui se révèle être un vrai mur face aux attaques allemandes, se termine par une victoire de l'Allemagne 1-0: un pénalty transformé par Burdenski, suite à une main suisse dans la surface. Pour beaucoup d'observateurs suisses, non seulement cette victoire de l'Allemagne est méritée sur l'ensemble du match mais elle est assez surprenante: les Suisses viennent de battre la Suède et les Pays-Bas et sont à l'époque dans une bonne dynamique. Les Allemands, eux, n'ont plus joué de match depuis 8 ans. En fait, cette équipe d'Allemagne ne fait pas que renaître, elle semble aussi avoir un rôle à jouer dans le football mondial!

 

Il est trop tard pour la Coupe du Monde 1950 qui s'est déjà déroulé au Brésil entre juin et juillet, et qui a vu l'Uruguay gagner. C'est donc la Coupe du Monde 1954 qui est le prochain objectif. L'équipe s'y prépare avec une série de matchs amicaux entre 1951 et 1954. Ces matchs sont plutôt bons et permettent à Herberger d'affiner l'effectif et de repérer les joueurs qui pourraient jouer un vrai rôle en sélection. L'équipe-type est trouvé le 9 novembre 1952 à Augsburg. Dans le Rosenaustadion, la sélection allemande atomise la Suisse 5-1. Parmi les 11 joueurs alignés par Herberger, 8 joueront la finale de la Coupe du Monde deux ans plus tard: Anton Turek, Werner Kohlmeyer, Horst Eckel, Josef Posipal, Max Morlock, Ottmar Walter, Fritz Walter et Hans Schäfer. Rétrospectivement, pour parler de l'ossature de l'équipe d'Allemagne championne du monde, on fera souvent référence au "Augsburger Elf". 

 

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Hans Schäfer, l'un des grands joueurs de l'époque

 

 

Parmi les nombreux matchs amicaux que dispute l'Allemagne, difficile de ne pas mentionner le France - Allemagne du 5 octobre 1952, à Colombes. C'est le premier match entre les deux nations depuis la fin de la guerre. C'est aussi le premier match en bleu d'un certain Raymond Kopa. Les Bleus s'imposent 3-1 devant près de 60 000 personnes et pour la petite histoire, Fritz Walter offrira son maillot (geste qui ne se faisait pas trop à l'époque) au milieu de terrain de l'OGC Nice, Antoine Bonifaci qui avait réussi à le museler pendant tout le match. 

 

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France - Allemagne, 3 - 1

 

Il n'y a pourtant pas que des amicaux à disputer puisqu'il y a aussi les matchs de qualification pour la Coupe du monde. Et curiosité historique de l'époque, l'une des équipes qui se retrouve dans la poule de l'Allemagne n'est rien d'autre que celle de la Sarre! Ce Land allemand est à l'époque sous protectorat français et possède un statut autonome. En fait, la France veut faire de la Sarre, un état indépendant - ce qui va échouer puisque la Sarre va finalement se rattacher à l'Allemagne de l'Ouest en 1957. Bref, les Allemands jouent contre des Allemands (l'un des joueurs de l'équipe de la Sarre, Gerhard Siedl jouera même par la suite pour l'équipe d'Allemagne). Mais que cela soit contre la Sarre ou la Norvège, l'autre adversaire de la poule, l'Allemagne se qualifie sans trop trembler avec 0 défaite et une différence entre buts marqués et but encaissés de +9! 

 

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Allemagne vs Sarre 1954

 

Sepp Herberger et l'équipe d'Allemagne débarquent à l'Hôtel Belvédère de Spiez en Suisse, quelques jours avant de disputer le premier match de la Coupe du monde 1954, contre la Turquie. C'est la première fois que l'équipe d'Allemagne dispute une compétition depuis 1938...

 

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Les Allemands dans l'hôtel où tout va commencer...



#18
Wunderbern

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Le Miracle de Berne (1954)

 

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Weltmeister

 

Sepp Herberger n'a pas installé son équipe d'Allemagne à l'hôtel Belvédère de Spiez pour sa vue sur le lac de Thoune. Il est là pour cimenter une équipe, pour préparer mentalement et physiquement un groupe à une compétition qui se déroule en Suisse. Herberger ne prend pas les choses à la légère: pour lui, chaque match se prépare physiquement, tactiquement et mentalement. Et aucun point n'est à négliger. L'entraîneur est un théoricien du ballon rond, qui est depuis ses débuts au poste de sélectionneur à la recherche de l'équipe ultime. Ses citations célèbres qui sont bien souvent, en fait, des truismes ("le ballon est rond et le match dure 90 mn", "le prochain adversaire est toujours le plus difficile", "après le match, c'est avant le match") montrent un homme qui ne s'accorde aucun répit dans la préparation des matchs, qui est toujours dans l'analyse et la recherche de la performance. Et cela sera décisif dans la victoire de ses ouailles. 

 

Ses ouailles sont en partie issues de l'équipe du 1. FC Kaisersautern qui vient de se faire atomiser 5-1 par Hanovre en finale du Championnat d'Allemagne. Mais Herberger n'en a cure: il a confiance en ses joueurs et particulièrement, en leur capitaine, Fritz Walter. Les deux hommes se connaissent depuis longtemps et se vouent un énorme respect. C'est en effet Herberger qui a découvert puis couvé le jeune Fritz avant-guerre. Et pendant la guerre, il l'a aussi entraîné chez les Rote Jäger, éphémère sélection militaire de football. Fritz Walter n'est plus très jeune (il a 33 ans) mais c'est le parfait relais de Sepp Herberger (qu'il appelle "Chef") sur le terrain. Herberger fait aussi confiance à un jeune chien fou aimant faire la fête et boire de la bière: Helmut Rahn, qu'il considère comme un génie capable de tout. Walter et Rahn n'ont rien en commun pourtant Herberger les fait partager tous les deux la même chambre (alors que Fritz la partageait d'habitude avec son frère Ottmar). Le sélectionneur allemand sait que si Walter est un grand joueur, il est parfois trop nerveux et manque parfois d'assurance sous la pression. De même, le caractère de Rahn a besoin d'être tempéré. La cohabitation entre les deux joueurs a donc un caractère psychologique et Ottmar Walter le témoignera plus tard: progressivement, il vit son frère beaucoup moins coincé et nerveux. Quand à Rahn, on verra par la suite qu'il va être décisif... 

 

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Helmut et Fritz

 

Le premier match se joue contre la Turquie. Malgré, l'ouverture du score par le turc Suat à la 2ème minute et un match qui reste bloqué à 1-1 pendant un bon moment, les Allemands l'emportent au final 4-1. Le second match s'avère d'emblée plus difficile. L'Allemagne est opposée au favori de la compétition: la Hongrie, qui n'a plus perdu de match depuis quatre ans! Coup de génie ou coup de folie, Herberger décide lors de ce match de faire jouer de nombreux remplaçants et de mettre au repos certains cadres. Le verdict est sans appel: l'Allemagne se fait exploser 8-3 par la Hongrie. La presse allemande incendie l'arrogance ou la folie de Herberger qui a fait des choix désastreux. Mais même s'il est relativement dépité par l'ampleur du résultat (de rage, il écartera définitivement le milieu de terrain Paul Mebus de la sélection pour avoir chanté sous la douche après la défaite), Herberger a réussi son coup. Il n'y avait aucun intérêt à battre le favori de la compétition à ce moment de la compétition (ce qui de plus, apparaissait complètement vain). L'Allemagne pouvait se rattraper en battant la Turquie lors d'un match décisif. Il était aussi essentiel de protéger ses meilleurs joueurs. L'avenir lui donnera raison: certains matchs (notamment un Brésil-Hongrie de triste renommée) se révéleront particulièrement violents et beaucoup de joueurs seront blessés ou diminués pour la suite de la compétition. Mais, on peut aussi voir aussi derrière ce choix un dessein plus cynique: lors d'un duel, Werner Liebrich, le rugueux défenseur a blessé à la cheville la star de l'équipe hongroise, Ferenc Puskas. Un tacle vicieux en réponse à quelques provocations déplacées de la part de Puskas, d'après Liebrich. Quoiqu'il en soit, Puskas sera out pour les deux matchs qui suivent et ne fera son retour que pour la finale, dans un état plus que douteux. Evidemment, on se demandera toujours un peu si cela n'avait pas été "prévu" par Herberger...

 

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Liebrich qui découpe Puskas pour le premier tour.

 

L'Allemagne se qualifie sans trop suer contre la Turquie, 7-2 grâce notamment à un triplé de Max Morlock et un doublé de Hans Schäfer. En quarts de finale, les Allemands trouvent sur sa route la Yougoslavie qu'ils éliminent 2-0 grâce à un but contre son camp de Horvath à la 9ème minute et un but de Rahn dans les dernières minutes du match. En demi, ils ont opposés à un rival qui leur a souvent posé problème par le passé: l'Autriche. Ce n'est plus la Wunderteam des années 30, mais cette Autriche menée par l'un des meilleurs milieux de terrain de l'époque, Ernst Ocwirk a pour l'instant gagné tous ses matchs et a impressionné les foules. Ce n'est pas un adversaire facile. Et cela se voit: à la mi-temps, l'Allemagne ne mène que d'un petit but inscrit par Schäfer à la 31ème minute. Rien n'est joué. Ce sont finalement les coups de pieds arrêtés qui vont faire la différence: Morlock et Ottmar Walter marquent tous deux de la tête sur corners, tandis que Fritz Walter convertit deux pénaltys (ne souffrant pas de contestation). L'Allemagne s'impose 6-1 et se qualifie pour la finale.

 

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Rahn en vert contre l'Autriche

 

Une finale dont personne n'y croit. En face d'eux, se dresse le "Onze d'Or" de la Hongrie, qui les a atomisé 8-3 en poule, invaincu depuis quatre ans et dont le trophée semble leur être promis. 

 

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Les deux capitaines: Puskas et Fritz Walter

 

Mais l'Allemagne a des atouts dans sa manche. Le premier est d'ordre matériel: Adidas, une compagnie allemande fondée par Adolf "Adi" Dassler vient de se lancer dans la production de chaussures de football et leur a fourni des chaussures à crampons vissés: sans cuir dans la semelle, plus légères et plus stables, ce sont clairement des atouts sur les terrains gras et boueux. Le second, c'est le temps: celui-ci s'annonce pluvieux le 4 juillet 1954, au Wankdorfstadion de Berne. Non seulement, cela permettra de rendre optimale l'utilisation des chaussures à crampons vissés mais c'est aussi le temps préféré de Fritz Walter. Atteint de la malaria pendant la Guerre, le capitaine allemand ne supporte désormais plus que les temps pluvieux et humides: Herberger dira avant le match que c'est le "Fritz Walter Wetter". Le troisième atout des Allemands est... on le saura à la fin du match.

 

Celui-ci commence bien pour les Hongrois qui alignent leur Onze d'Or: huit minutes après l'engagement, les Magyars mènent déjà 2-0 grâce à des buts de Puskas et Czibor. On sent qu'une nouvelle humiliation se prépare. Mais les Allemands ne baissent pas les bras: sur un centre au ras du sol de Rahn, le hongrois Zakarias dévie le ballon mais celui-ci est récupéré par Morlock qui marque de près à la 10ème minute.

 

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Max Morlock égalise!

 

Huit minutes plus tard, Fritz Walter tire un corner qui lobe le gardien et retombe dans les pieds de Helmut Rahn au second poteau qui marque dans le but vide. 2-2. L'Allemagne est revenu mais le match est loin d'être fini. Les Hongrois se ruent à l'assaut des cages allemandes mais Anton Turek, le gardien, qui a fait une grossière erreur en relâchant le ballon sur le second but, se rattrape en sortant des arrêts sensationnels. Le commentateur allemand, Herbert Zimmermann, qui retransmet le match à la radio, s'extasie: "Turek, du bist ein Fußballgott" ("Turek, tu est un dieu du football").

 

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Turek, Fußballgott tout simplement...

 

Et quand Turek est battu, ce sont ses montants ou Kohlmeyer sur la ligne qui sauvent l'équipe. L'Allemagne est sur le bord de la rupture quand à la 84ème minute, Rahn à l'entrée de la surface de réparation, récupère un dégagement de la tête de la défense hongroise, il fait une feinte de dribble pour se mettre sur son pied gauche, repique vers le centre et envoie une mine à ras du sol qui finit dans le petit filet. "Tor, Tor, Tor, Tor!" hurle un Herbert Zimmermann, complètement fou à la radio. 

 

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"Tor!Tor!Tor!Tor!"

 

La Hongrie tente de revenir mais un but de Puskas est refusé pour hors-jeu et un tir  de Czibor est arrêté par Turek. C'est fini. L'Allemagne est championne du monde. Elle a remporté un match face à un adversaire qui n'a mené en tout et pour tout que  6 minutes dans toute la compétition. Malheureusement, les 6 dernières minutes... 

 

Cette victoire inespérée provoquera un énorme émoi en Allemagne: un émoi qui dépasse le simple cadre du football. Il ne faut pas oublier le contexte à l'époque. L'Allemagne après avoir été mise au ban des nations, après avoir été divisée, vient tout juste de se reconstituer en tant que nation (en 1949!). Mais une nation qui doit porter le poids d'un passé très douloureux, une nation qui a presque banni le mot "nation" de son vocabulaire bref... une nation à qui on a enlevé toute sa fierté d'être une nation. A ce titre, la victoire est de l'équipe d'Allemagne, permet à beaucoup de gens de retrouver cette fierté, en même temps que cette identité nationale qui avait disparu: les Allemands étaient désormais fiers de se déclarer allemand. 

 

C'est pourquoi, pour beaucoup de nos voisins germaniques, cette victoire est plus que tout autre chose l'acte fondateur de la jeune république fédérale allemande. Une renaissance, un vrai miracle. Le "Miracle de Berne". 

 

Un "miracle" qui cependant sur le plan strictement sportif, rend certains sceptiques. Et l'épidémie de jaunisse qui frappe l'effectif champion du monde, juste après la compétition, semble confirmer certains soupçons à propos de "troisième" atout dont je parlais plus haut: le dopage! Les officiels de la DFB parleront de piqûres de vitamine C; d'autres mettront en avant la pervitine, une métamphétamine inventée et utilisée par les nazis sur leurs soldats pendant la Seconde Guerre Mondiale. Une sorte de "drogue de combat". L'équipe d'Allemagne dopée? Probablement... mais encore, faudrait-il définir ce que signifiait le mot "dopage" à l'époque: la pervitine était en vente libre. 

 

 

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Les Champions du monde!



#19
Wunderbern

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La confirmation en Coupe du monde (1958)

 

Contrecoup de la prise d'amphétamines ou de l'euphorie de la victoire, les premiers matchs de l'après-Coupe du Monde 1954 se révèlent médiocres: l'Allemagne perd 3 matchs d'affilée respectivement contre la Belgique (2-0, c'est la dernière défaite jusqu'à maintenant), la France (3-1) et l'Angleterre (3-1). Mais, il faut l'avouer: Sepp Herberger profite de ces matchs amicaux pour mettre certains cadres au repos (notamment le capitaine Fritz Walter et Hans Schäfer) et donner leur chance à certains jeunes. Parmi ces jeunes, débute en octobre 1954 contre la France, un certain Uwe Seeler, qui n'a même pas 18 ans et qui est déjà titulaire dans son club le Hamburger SV! Uwe Seeler sera pendant près de 16 ans, le grand attaquant de la sélection allemande. 

 

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Un jeune Uwe Seeler avec des cheveux contre l'Angleterre en 1954. 

 

Une sélection allemande qui n'impressionne cependant plus grand monde: entre la fin de l'année 1954 et 1957, l'équipe a du mal à enchaîner deux victoires d'affilée et n'a cependant pas beaucoup de difficultés à cumuler les défaites. Il faudra attendre le début de l'année civile 1957 pour voir une équipe d'Allemagne plus conquérante: probablement, l'échéance de la prochaine Coupe du Monde qui se déroule en Suède en 1958. L'Allemagne se doit de défendre son titre de Champion du Monde. 

 

Pourtant, des Champions du monde de 1954, il ne reste pas grand monde. Turek, Laband, Posipal, Mebus, Metzner ont pris leur retraite. D'autres comme Kohlmeyer, (qui mourra quelques années plus tard de son alcoolisme à 49 ans), Bauer, Liebrich, Herrmann, Biesinger, Ottmar Walter, Pfaff, Mai et Kubsch n'ont pas été retenus par Herberger, en raison de leur âge, de leurs mauvaises performances ou simplement, du fait qu'ils n'ont jamais été que des joueurs d'appoint de cette équipe de 1954. Max Morlock, l'un des meilleurs joueurs allemands de l'époque, suite à une blessure, a du observer une pause de plusieurs mois et a perdu sa place en sélection. Bref, de l'équipe de Berne, il ne reste que Horst Eckel, Berni Klodt, Hans Schäfer, Helmut Rahn, Fritz Walter et Heinz Kwiatkowski. Et ce n'est pas forcément gage de qualité, Kwiatkowski n'est qu'un fidèle remplaçant au poste de gardien (juste 4 sélections!), Fritz Walter va sur ses 38 ans et aurait dû prendre sa retraite si Herberger ne l'avait pas convaincu de poursuivre l'aventure; quant à Helmut Rahn, il n'aurait jamais dû être appelé. Banni par la DFB d'équipe nationale pour conduite en état d'ivresse et coups et blessure en 1957, le héros de la finale 1954 verra sa suspension annulée grâce à l'insistance et la persuasion de son mentor Herberger auprès de la Fédération. Au final, seuls Eckel et Schäfer - d'ailleurs nommé capitaine - semblent avoir une vraie légitimité. 

 

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Hans Schäfer, nouveau capitaine de la Deutsche Nationalmannschaft

 

Herberger construit une équipe avec les meilleurs joueurs du moment (dont deux des "Alfredo" de Dortmund: Kelbassa et Schmidt) et notamment, deux jeunes joueurs dont on parlera beaucoup par la suite: Uwe Seeler et Karl-Heinz Schnellinger. Si Seeler à 21 ans, est déjà une tête connue en sélection, Schnellinger, lui, en revanche, à 19 ans, est totalement inconnu: ce défenseur athlétique et blond joue dans un tout petit club, le SG Düren 99. Mais il a tapé dans l'oeil de Helmut Schön, l'assistant de Herberger, qui l'a chaudement recommandé à son chef. Malgré cela, il ne jouera que deux matchs dans le tournoi. 

 

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Schnellinger, un look so british...

 

Un tournoi qui commence bien à Malmö pour les Allemands: confrontés pour la première fois de leur histoire à l'Argentine, les champions du monde en titre remportent le match 3-1. Une victoire qui doit beaucoup à Helmut Rahn qui sur deux frappes lointaines trompent le pauvre Amadeo Carizzo, pourtant l'un des meilleurs gardiens du moment. Mais le match suivant contre la Tchécoslovaquie de Masopust se révèle bien plus compliqué. Les Tchécoslovaques qui ont perdu lors de leur premier match contre l'Irlande du Nord - une équipe qui a déjà fait sensation en se qualifiant pour la Coupe du Monde aux dépens de l'Italie -, se doivent de gagner pour ne pas décrocher dans la poule. Ils ouvrent la marque sur un pénalty de Dvorak à la 24ème minute puis score un deuxième but peu avant la mi-temps. L'Allemagne qui a surtout subi les attaques de son adversaire pendant toute la première mi-temps, se doit de réagir en seconde mi-temps. Et animés par leur combativité, ils inscrivent enfin un but à l'heure de jeu lors d'une action controversée: alors que le gardien tchécoslovaque s'empare d'un ballon aérien, il est chargé par Schäfer et retombe dans ses filets avec le ballon. L'arbitre attribuera le but à Schäfer. C'est encore une fois Rahn qui sauvera les siens d'un tir puissant à la 70ème minute et permettra à l'Allemagne de finir à 2-2. 

 

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Rahn, "der Boss", malgré ses déboires, sera encore une fois le héros de la sélection: comme Pelé, il marquera 6 buts lors de la compétition

 

Le dernier match contre l'Irlande du Nord est décisif pour l'Allemagne et la défaite est interdite. L'Allemagne l'a compris et démarre pied au plancher, mais encaisse un but sur une mauvaise sortie de leur gardien Herkenrath qui se loupe: le ballon finit dans les pieds de McParland qui marque dans le but vide (17'). La réaction des Allemands est immédiate: Rahn file au but et égalise 3 minutes plus tard. Les Allemands dominent la partie, ils ont un nombre incroyable d'occasions et Rahn est intenable mais c'est encore une fois contre le cours du jeu qu'ils se font punir. McParland encore lui, porte le score à 2-1 sur un corner. L'Allemagne ne se laisse pas abattre et Seeler égalise à la 78ème minute. Plus aucune but ne sera marqué et les deux équipes se quittent sur un 2-2 qui fait l'affaire des Allemands: ceux-ci se sont emparés de la première place du groupe et sont qualifiés. A égalité dans le classement, Nord-irlandais et Tchécoslovaques se disputeront la dernière place qualificative dans un barrage qui verra triompher cette décidément étonnante équipe d'Ulster (2-1 après prolongations, avec une nouvelle fois un doublé de McParland!). 

 

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Uwe Seeler contre les Nord-Irlandais

 

Sans spécialement impressionner, les Champions du monde en titre se sont qualifiés et s'apprêtent à affronter la Yougoslavie, un adversaire qu'ils ont déjà battu 4 ans plus tôt en Suisse, au même stade de la compétition. Le match qui se déroule à Malmö est marqué par la maladresse des attaquants allemands devant le but. C'est Helmut Rahn, encore lui, qui débloque la situation à la 12ème minute d'un tir complètement excentré assez improbable, sur lequel la vigilance du gardien yougoslave est assez douteuse. Plus rien ne sera marqué par la suite et c'est donc par le plus petit des scores que l'Allemagne continue son aventure. Et celle-ci l'emmène au tour suivant à rencontrer le pays hôte: la Suède. 

 

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Rahn s'échappe et sauve encore la nation contre la Yougoslavie

 

Même si plusieurs de ses joueurs jouent à l'époque en Série A italienne (notamment son capitaine Niels Liedholm qui est une star au Milan AC), la Suède n'est pas vraiment à l'époque une nation majeure du football. Mais pour l'instant, elle a réalisé un parcours quasiment sans faute, sortant notamment l'URSS de Lev Yachine au tour précédent. L'affiche est donc alléchante entre deux équipes qui ont chacun les moyens d'accéder en finale. Pourtant, tout va déraper. 

 

L'histoire du football n'a jamais fait vraiment grand cas de ce match éclipsé par le parcours du Brésil de Pelé et Garrincha en 1958. En Allemagne, cependant c'est différent: pour beaucoup d'Allemands, ce match est un de ces "Skandalspiele" qui jalonnent leur histoire. En fait, la mémoire allemande retient surtout de ce qu'ils appelleront "der Schlacht von Göteborg" ("la Bataille de Göteborg"), qu'ils se sont fait enfler. 

 

Tout avait déjà mal commencé: le match initialement prévu à Stockholm est déplacé au dernier moment à Göteborg et les Allemands doivent déménager dans l'urgence (on peut penser que ce fut fait exprès pour déstabiliser l'adversaire, le Brésil subira aussi ce désagrément en 1966 en Angleterre). Ensuite, beaucoup de supporters allemands se voient refuser leur place à l'entrée et les 1000 qui arrivent à rentrer ne doivent se contenter que de 60 sièges! Et dans le stade, les cris hostiles et xénophobes envers les Allemands fusent, ce qui provoquera l'ire de la DFB qui parlera pendant un temps de ne plus jamais jouer en Suède. 

 

Mais c'est surtout sur le terrain que le "scandale" va se passer. C'est la 59ème minute, le score est de 1-1: Schäfer a ouvert le score à la 23ème minute et le suédois Skolung a égalisé 10 minutes plus tard. Le suédois Kurt Hamrin commet une faute sur Erich Juskowiak. Celui-ci se venge et se fait expulser. Hamrin lui, reste sur le terrain. L'Allemagne joue à 10 et bientôt à 9: à la 75ème minute, Fritz Walter se fait découper par Parling et blessé, est contraint de sortir. L'arbitre ne bronche pas. A 11 contre 9, c'est plus facile pour des Suédois qui marquent deux buts à la 81ème et 88ème minute et gagnent leur billet pour la finale. En Allemagne, la pilule ne passe pas entre l'accueil exécrable, l'attentat sur Walter et la complaisance de l'arbitre envers les Suédois, qui ont pu faire ce qu'ils voulaient. La polémique est d'autant plus grande que l'arbitre de la rencontre était... hongrois! De là à insinuer que l'arbitre aurait venger ses compatriotes de la défaite en finale de la Coupe du monde 1954, il n'y a qu'un pas... que de nombreux médias allemands franchiront!

 

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Juskowiak a beau protester, il sera expulsé

 

Pourtant, si ce "scandale" reste assez peu connu hors des frontières allemandes, c'est aussi parce qu'au final, il n'est peut être pas aux yeux d'observateurs neutres si "scandaleux" que ça. Plus magnanime avec les Suédois et peut-être aussi plus lucide, Helmut Rahn déclarera par la suite, que ce qui l'étonnait dans ce match, était que les Suédois aient mis tant de temps à gagner 3-1. Quant à l'incident entre Juskowiak et Hamrin, Rahn dira simplement que de toute façon, même si Juskowiak serait resté sur le terrain, Hamrin (l'un des meilleurs joueurs de l'histoire de la Suède) l'aurait quand même passé plusieurs fois. 

 

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Clap de fin pour Fritz Walter. 

 

Pour les Allemands, il ne reste plus que la petite finale contre la France qui, elle aussi, a perdu en infériorité numérique contre le Brésil, 5-2. La France avec son ossature "rémoise" a impressionné les observateurs lors de ce Tournoi: la petite finale s'annonce engagée. D'autant plus qu'aucune des deux équipes ne veut finir quatrième. L'Allemagne privée de Fritz Walter, ne résistera qu'une vingtaine de minutes avant de prendre l'eau: la France s'impose 6-3 et Just Fontaine inscrit un quadruplé qui lui permettront d'atteindre le record historique des 13 buts marqués lors d'une Coupe du Monde.

 

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Schnellinger contre Just Fontaine

 

Avec 2  victoires, 2 matchs à égalité et 2 défaites, le bilan de l'Allemagne peut paraître assez léger pour un champion du monde en titre. Pourtant, cela suffira à convaincre les observateurs et surtout, le peuple allemand. La victoire de 1954 était encore considérée par beaucoup comme un vrai miracle, une performance sans lendemain. En terminant 4ème de la Coupe du Monde 1958, l'équipe d'Allemagne avait réussi à se maintenir dans l'élite et à montrer au monde du football, qu'elle faisait partie des équipes sur lesquelles il fallait compter. En Allemagne, le parcours de 1958 sera considéré à l'époque comme une réussite exceptionnelle et le sélectionneur, Herberger sera adulé comme jamais. 

 

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Déjà champion du monde en 1954, le jeune Horst Eckel prendra sa retraite internationale à l'issue de la compétition... à 26 ans!

 

Seul perdant de cet histoire: le défenseur Erich Juskowiak, premier joueur allemand expulsé en Coupe du monde. Pointé du doigt par ses propres coéquipiers, viré pour toujours de la sélection, il ne sera plus jamais le même joueur. Conséquence de cet incident ou pas, il sera arrêté pour relation sexuelles sur mineurs en 1962 et exhibitionnisme en 1964...



#20
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Un Mondial "catastrophique" qui va changer le football allemand (1962)

La 7ème Coupe du Monde de football après deux éditions jouées en Europe, retourne en Amérique du Sud, au Chili en 1962. Le jeu a sensiblement évolué depuis la dernière Coupe du Monde, qui a vu le triomphe de la formation du 4-2-4 du Brésil (une formation déjà utilisée par la Hongrie dès 1952). La mode est à la défense, secteur longtemps négligé par les entraîneurs. C'est Helenio Herrera à l'Inter Milan qui va mettre l'accent sur ce secteur du jeu, popularisant si ce n'est sa formation en 5-3-2, surtout sa philosophie dans l'approche des matchs. C'est désormais fini l'époque des scores dignes de matches de  baby-foot et cette Coupe du Monde va le démontrer.

L'équipe d'Allemagne, toujours entraînée par Sepp Herberger, a fait l'impasse sur le Championnat d'Europe des Nations 1960, la compétition internationale créée par l'UEFA. Les raisons sont plutôt floues mais il semblerait que cela soit tout simplement par manque d'intérêt (Angleterre, les Pays-Bas et l'Italie refuseront aussi d'y participer). L'Allemagne se prépare donc pendant 4 ans en disputant des matchs amicaux durant lesquels Herberger teste les futurs joueurs qui composeront sa sélection et excepté pour Hans Schäfer (qui prend quand même 3 années sabbatiques avant de revenir en sélection nationale!), ce sera sans les héros restants de 1954. Fritz Walter a pris sa retraite depuis 1959 (même si Herberger essaiera tout de même de le persuader de nouveau à revenir à 42 ans et après 3 années d'inactivité!). Horst Eckel a décidé en 1958, à seulement 26 ans de prendre sa retraite internationale. Helmut Rahn, lui, a décidé en 1960 de rejoindre le club hollandais du  SC Enschede pour 150 000 marks: la DFB encore un peu puritaine sur l'argent et sur les transferts, décide de ne plus sélectionner le joueur qui a marqué 6 buts lors de la dernière Coupe du Monde. Peut-être une sage décision car Rahn fidèle à ses incartades éthyliques, passe trois semaines en prison après une nouvelle conduite en état d'ivresse.

 

En revanche, certains des joueurs retenus en 1958 se sont désormais imposés en sélection. C'est le cas du défenseur Schnellinger qui est désormais un patron à son poste et Uwe Seeler. Herberger a aussi trouvé deux joueurs très talentueux: un milieu offensif à la technique fine, Helmut Haller, remarquable par sa chevelure rousse (et ses problèmes de poids) et un gardien qui restera sûrement comme le plus beau portier ayant jamais porté le maillot allemand: Hans Tilkowski.

 

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Helmut Haller, le rouquin de la sélection allemande contre la Grèce... à l'époque encore maigrichon

 

Les qualifications consistent en quatre matchs de poule, facilement expédiés contre la Grèce et l'Irlande du Nord entre 1960 et 1961. Tout a l'air prêt pour que l'Allemagne dispute sa première Coupe du Monde hors-Europe sauf un petit événement qui chamboule tout. Le 11 avril 1962, l'Allemagne dispute un match amical de préparation contre l'Uruguay à Hambourg. Sepp Herberger a mis au repos Tilkowski pour offrir une première sélection à Wolgang Fahrian, un jeune gardien de 21 ans, sans trop d'expérience et qui jouait encore, il n'y a pas si longtemps, défenseur. Non seulement Fahrian n'encaisse aucun but, mais fait véritablement un show avec ses arrêts et ses interventions face à une équipe comptant parmi l'élite du football. Impressionné, une fois au Chili, Herberger nommera le jeune novice comme gardien n°1 au grand dam de Tilkowski. On dit que la seule raison pour laquelle ce dernier n'est pas retourné direct en Allemagne, est qu'il n'avait pas trouvé de vol...

 

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Le jeune Wolfgang Fahrian fait le show contre l'Uruguay, 3-0.

Si l'Allemagne (qui n'est pas tête de série) évite le Brésil de Pelé, champion du monde en titre en poule, elle doit néanmoins se battre avec l'Italie, le Chili et la Suisse. Et le mot "se battre" n'est pas un vain mot: le match Chili-Italie en raison de son agressivité et de sa violence sera même surnommé "la Bataille de Santiago". L'Allemagne ouvre le bal avec l'Italie à l'Estadio Nacional de Santiago. Mais un "bal" qui tourne court: bien que dominatrice, faute d'avoir su être adroit dans le dernier geste, l'Allemagne fait match nul 0-0 face à l'Italie. C'est la première fois que l'Allemagne rencontre l'Italie en Coupe du Monde et c'est aussi la première fois que deux nations championnes du monde se rencontrent!

 

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Schulz, Sturm, Fahrian, Schnellinger et Symaniak; accroupis: Seeler, Nowak, Haller, Erhardt, Schäfer et Brülls.

 

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Allemagne-Italie: Hans Schäfer serre la main du capitaine italien, Buffon. Oui, oui... Lorenzo Buffon

 

Pour le match suivant, l'Allemagne retrouve un adversaire qu'il connaît bien: la Suisse. Peu avant, la mi-temps sur un service de Schäfer, le numéro 10 Albert Brülls évite un tacle, feinte un autre défenseur et envoie un mine au ras des filets. 1-0. Lors de la reprise, sur une sortie de but rapidement joué, Schäfer envoie une passe profonde de 40 mètres qui atterrit dans les pieds de Seeler qui cruxifie le gardien suisse. A 2-0, l'affaire semble pliée d'autant que les Allemands ont encore l'occasion d'aggraver le score. Ce seront les Suisses pourtant qui marqueront à la 73ème: Schneiter lobant Fahrian sur un ballon mal dégagé sur corner. Mais le score ne bougera plus et l'Allemagne pourra plus tranquillement aborder son dernier match contre le Chili qui a battu l'Italie lors d'un match qui fera couler beaucoup d'encre.

 

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Seeler marque contre Elsener, le gardien suisse : 2-1

 

Le Chili a gagné ses deux matchs et la partie n'est pas gagné pour l'Allemagne. Mais dès la 21ème minute de jeu, le Chili se fourvoie en commettant une faute dans la surface: Szymaniak transforme le pénalty et l'Allemagne mène 1-0. C'est une nouvelle fois Seeler qui a la 82ème minute donne un avantage décisif à son équipe. L'équipe nationale allemande est qualifiée et jouera son quart de finale contre... la Yougoslavie!

 

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Seeler contre le Chili: toujours décisif...

C'est tout simplement la 3ème fois en 3 participations que les Allemands jouent contre les Yougoslaves à ce stade de la compétition! Mais jusque-là, cela leur a plutôt réussi puisque qu'en 1954 et 1958, ils ont gagné. Jamais deux sans trois?

Et bien non. Si les Allemands dominent globalement le match, ils pêchent dans la finition. Et selon un scénario presque classique du football, ils finissent par se faire punir: à la 85ème minute, le Radakovic envoie une mine qui élimine les Allemands. La Coupe du Monde se termine donc en quarts de finale pour l'Allemagne.

 

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Le "vieux" Hans Schäfer (au centre) contre la Yougoslavie a disputé son dernier match international. Il a quand même participé à 3 Coupes du monde!

 

Pour beaucoup de nations, ce serait un bon résultat. Mais pour l'Allemagne, ça ne l'est pas. Pire, la DFB et les médias prennent cela pour une humiliation! Terminée l'époque où la Deutsche Nationalmannschaft n'était qu'une petite équipe de football européen. Si la Coupe du Monde de 1954 passait pour un miracle, celle de 1958 a confirmé que l'équipe pouvait jouer dans la cour des grands et qu'elle avait des ambitions. Herberger est le premier à subir le feu des critiques: on pointe ses erreurs tactiques, son choix d'avoir mis sur le banc Tilkowski à la place du jeune Fahrian (qui néanmoins, a fait un bon tournoi), le fait de n'avoir pas retenu des joueurs comme Gert Dörfel, Klaus Stürmer, Timo Konietzka ou Jürgen Schultz, d'avoir trop axé son jeu sur la défense et d'avoir voulu donner au vieux Hans Schäfer, le même rôle que Fritz Walter en 1954. Mais, on lui reproche surtout son manque d'ambition et de combativité: il se félicité dans la presse du parcours de son équipe et surtout du fait d'être sorti premier des poules, ce qu'il considère comme... un succès!

 

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Wolfgang Fahrian, qui a fêté ses 21 ans lors du match contre l'Italie, a été la sensation du Mondial... mais après le tournoi, il va vite disparaître de la sélection

 

L'aura de Herberger est en train de ternir: il passe du "Zauberer von Bern"("magicien de Berne") au "Maurer von Santiago" ("maçon de Santiago")et les médias demandent sa démission. Celle-ci ne viendra pas dans l'immédiat. L'homme qui à 67 ans, avait pourtant déjà envisagé la chose avant de partir pour le Chili, en réaction aux critiques, refuse de lâcher son poste. La DFB se doit de réagir. Elle réagit... en donnant raison à son sélectionneur! Ou en tout cas, à ses idées.

Cela faisait depuis qu'il était à la tête de l'équipe nationale dans les années 30 que Sepp Herberger prônait la création d'un championnat unique professionnel. Depuis sa création, le championnat allemand est amateur et se constitue de multiples championnats locaux dont les champions se rencontrent en fin de saison pour disputer le titre de Champion national. Le problème, c'est que non seulement ces championnats ne sont pas homogènes entre eux mais les clubs qui y participent le sont encore moins! Certains clubs ont des infrastructures et une organisation quasiment professionnelles (souvent un "amateurisme marron") quand d'autres sont totalement amateurs. Herberger a conscience qu'une élite resserrée et professionnelle est susceptible de donner des joueurs de meilleur niveau à la sélection nationale. Dans les années 30, les nazis pour qui le sport ne pouvait être qu'amateur, ne voudront pas en entendre parler. Les pontes de la DFB étant encore très à cheval sur l'esprit du sport (héritée de l'olympisme) mettront des années après la guerre, à y réfléchir. Mais en 1962, les mentalités ont changé et la déconfiture de la Nationalmannschaft en Coupe du monde ainsi que la claque 7-3, reçue par l'Eintracht Francfort contre le Real Madrid en finale de la Coupe des Clubs Champions 1960 ont laissé des traces: pour la DFB, l'Allemagne n'a pas les moyens de rivaliser avec les meilleurs. Il faut donc changer tout en profondeur et professionnaliser le Championnat.

Et cela n'attend pas: le vieux Peco Bauwens (75 ans!), avec ses envolées lyriques teintées de nationalisme et de mythologie germanique ainsi que sa misogynie (il avait interdit le football pour les femmes, parce que ce n'était pas un sport pour elles!) est déchu de son fauteuil de président de la DFB. Hermann Gößmann est élu et le jour même de son élection, le 28 juin 1962, la création de la Bundesliga est votée. Elle sera mise en place pour la saison 1963-1964.

Dès sa création, la Bundesliga sera un succès total que ce soit en terme d'affluence, de performance et de spectacle. L'équipe nationale allemande pourra donc bénéficier de joueurs compétitifs comme le voulait Herberger. Sauf que ce sera sans lui. La DFB annonce après quelques tergiversations, le 23 novembre 1963 (soit un jour après l'assassinat de Kennedy... hum... c'est juste pour alimenter les théories du complot) que Sepp Herberger sera remplacé en 1964, par Helmut Schön.

 

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Helmut Schön, nouveau sélectionneur de l'Allemagne.

Cet ex-international allemand (16 sélections, 17 buts) n'est pas un étranger dans la maison puisqu'il était depuis 1956, l'assistant de Herberger (qui l'a fait débuter en sélection comme joueur dans les années 30) en sélection nationale. Pas de vraie révolution, c'est en fait une certaine continuité...






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