Lorsque Pep Guardiola a repris les règnes du Bayern Munich, son souci premier était de maintenir l’équipe dans le même niveau élevé de performance connu sous son prédécesseur Jupp Heynckes. Six mois plus tard, le technicien espagnol a mis sur orbite le Bayern pour réaliser une autre saison exceptionnelle, mais il est nécessaire pour cet entraineur de construire et léguer un héritage au club.

 

Dans les grands groupes, il y a le PDG, qui peut façonner l’entreprise à son image. Dans les forces armées, il y a le général qui élabore les stratégies selon lesquelles les grandes guerres sont menées. De même, dans les sports d’équipe, il y a l’entraineur qui décide si son équipe va produire un classique intemporel à la Monet ou une performance vite oubliée avant même que les spectateurs n’aient le temps de quitter le stade.

Pep Guardiola est l’un des rares techniciens dans le football mondial à posséder la vision et le talent nécessaires pour créer un chef-d’œuvre et le perfectionner au point de banaliser son exceptionnelle complexité. A Barcelone, Pep a légué le tiki-taka, un style de jeu si beau et tellement populaire à travers le monde, qu’il donne le vertige aux adversaires selon les propres termes de l’ancien manager de Manchester United, Sir Alex Ferguson.

Pep sait parfaitement qu’un grand club comme Barcelone, qui se vantait toujours d’être différent du reste de l’Espagne, se devait de s’approprier une philosophie qui lui est propre. Un style de jeu unique qui permettrait de capturer le cœur et l’imaginaire des Catalans si fiers de leur culture et qui conviendrait parfaitement à la devise du Barça, Mes Qué non club.

Mais il peut être rétorqué à raison que Guardiola n’a jamais vraiment révolutionné la façon dont Barcelone joue au football. Ce qu’il a fait était de tout simplement remettre au goût du jour, la philosophie que Johan Cruyff a imprégné en Catalogne à la fin des années 80 et au début des années 90 à travers la fameuse Dream Team. Il faut se rappeler que Cruyff était la pierre angulaire du concept de football total qui faisait rage aux pays-bas et plus particulièrement à l’Ajax pendant l’ère Rinus Michels.
Ce qu’a fait Cruyff alors, était d’adapter les idées de Michels à la sauce catalane pour l’ancrer définitivement dans l’identité de jeu du FC Barcelone.

De la même manière, si Pep Guardiola veut réellement rentrer dans l’histoire du foot et être reconnu pour sa philosophie et ses innovations, il doit laisser son empreinte au Bayern Munich. Il s’agit du club européen le plus couronné de succès au cours des cinq dernières décennies, mais curieusement, il ne possède pas une philosophie de jeu propre. Son succès dans les années 60 et 70 a été bâti sur ​​la célèbre mentalité gagnante des allemands et la manière importait finalement peu.
En tête de la direction technique du club, Guardiola doit jouer un rôle similaire à celui de Cruyff à Barcelone. Et pour ce faire, il doit remplir deux conditions.

Tout d’abord, son règne au Bayern doit durer dans le temps. Un court séjour, même très fructueux en terme de titres ne sera pas suffisant. Si le technicien espagnol a dans l’intention de profondément changer la manière de jouer du Bayern, il doit prendre son temps. C’est seulement à ce moment-là qu’il sera capable d’inspirer les jeunes joueurs du club et les entraîneurs futurs pour faire perdurer ses idées et ses méthodes.

À cet égard, il doit se différencier de son grand rival José Mourinho. Le portugais est sans aucun doute un grand gagneur de trophées, mais il n’a jamais su construire une équipe sur la durée et encore moins une culture du football qui s’est imposée après son départ partout où il est passé.

Deuxièmement, et plus important encore, Pep doit réussir à inscrire dans l’ADN du club, la culture de la promotion des jeunes du centre de formation vers l’équipe senior.
Die Bayern peut déjà se targuer de posséder plusieurs tauliers de l’équipes issus du centre de formation, mais cette tradition doit se renforcer et se poursuivre malgré la nécessité de toujours gagner plus de trophées chaque saison. Guardiola est le premier à savoir qu’une équipe basée sur une colonne vertébrale de joueurs talentueux, formés localement, se connaissant par cœur, est incroyablement difficile à arrêter. À La Masia, on connait tous Xavi, Iniesta, Puyol, Messi , etc. qui vivent et jouent ensemble depuis leur plus tendre enfance. Une culture similaire devra être distillée dans le centre de formation du Bayern.

À 43 ans, Pep Guardiola a encore une vingtaine d’années de carrière devant lui. Ce qu’il fera au Bayern, déterminera en grande partie s’il aura l’honneur d’être mentionné dans la même catégorie que les Lobanovsky, Michels et autres Ferguson. Il doit également être conscient qu’il ne pourrait rêver meilleur endroit pour construire un projet à long-terme.

%d blogueurs aiment cette page :