Plusieurs observateurs sérieux du ballon rond ont suggéré aux deux meilleurs clubs allemands de quitter la ligue, mais cela ferait plus de mal que de bien à la Bundesliga analyse Raphael Honigstein pour le Guardian.

 

 

Deux équipes de foot qui peuvent regarder droit dans les yeux le meilleur de ce que l’Europe à offrir , des stades pleins , une renaissance de la marque « Bundesliga » à l’étranger et une Nationalmannschaft qui ira en Coupe du Monde l’année prochaine avec la casquette de favori : 2013 a été la meilleure année du football allemand depuis que Sky a pris les choses en main dans les années 90 . Mais toutes ces nouvelles réjouissantes ne sont pas du goût de tout le monde. En effet, ce n’était qu’une question de temps avant que la bande des Bedenkenträger – un groupe de sceptiques professionnels – ne recommence à exprimer ses inquiétudes. On ressasse toujours les mêmes vieilles craintes, mais cette fois-ci il y a une nouveauté : après une décennie de lamentations sur les performances décevantes de la Bundesliga en Europe , on se plaint désormais de la domination outrageuse de deux clubs.

Felix Magath a tiré la première salve dans une interview accordée au Hamburger Morgenpost il y a 10 jours dans laquelle il a proposé aux deux meilleurs clubs d’Allemagne d’aller jouer dans une super ligue européenne . Le Bayern Munich et le Borussia Dortmund ont été tellement dominateurs qu’  » ils devraient être exclus du championnat national ,  » a-t-il dit .  » Une ligue européenne serait plus appropriée.  » La première place de Bundesliga est  » pré-attribuée au Bayern  » , a ajouté l’ancien technicien bavarois , et il craint que  » les clubs qui jouent en permanence la Ligue des Champions ne soient injustement avantagés  » . L’ancien gardien Oliver Kahn est allé un peu plus loin dans son analyse . Bien qu’il ait reconnu qu’il n’y avait pas d’indications objectives sur la nuisance de l’hégémonie du Bayern et Dortmund sur la Bundesliga , il a en revanche estimé que le vieux mantra de Sepp Herberger (  » les gens vont au stade parce qu’ils ne savent pas comment le match va se terminer  » ) ne pourrait sonné aussi faux lorsque l’équipe de Guardiola vient d’enchainer son 39e match sans défaite .  » Compte tenu de cela et de la convergence croissante de l’Europe , ce serait une conséquence logique que d’introduire une Ligue Européenne de 34 journées , où les 18 meilleures équipes européennes s’affronteraient», écrit Kahn dans Bild.

Interdire aux équipes d’être trop performantes serait une idée nouvelle. Une Bundesliga sans les deux grands serait certainement très compétitive et ouvrirait la course au titre aux équipes de Gladbach , Hertha BSC , Schalke , alors que Leverkusen terminerait probablement deuxième . Mais à quel prix ?  » La Bundesliga équivaudrait à la deuxième division , ils ne peuvent pas vouloir de ça ! « , a déclaré Karl-Heinz Rummenigge . À la tête de l’Association européenne des clubs , il a été fermement contre l’idée , malgré une certaine pression de collègues étrangers , a-t-il rajouté . Le PDG de Dortmund Hans-Joachim Watzke a déclaré samedi soir sur ZDF Sportstudio qu’il est  » désespéré du non-sens qu’il entend  » . Même si le Bayern et Dortmund sont autorisés à jouer à l’échelle nationale parallèlement à une nouvelle super ligue , l’intérêt des matches nationaux sera automatiquement diminué.  » Les joueurs réservistes joueraient en championnat, » dit-il .  » Nous ne voulons pas détruire notre culture du football  » .

Heureusement , Magath, Kahn et leurs idées farfelues semblent jouir de peu de soutien . La plupart des gens comprennent que le manque d’argent ne peut être résolu en tuant vos deux poules aux œufs d’or ou en les envoyant en exil européen . Mais il existe une alternative , une proposition moins radicale . Le patron de l’Eintracht Frankfurt, Heribert Bruchhagen, veut une répartition plus équitable de l’argent de la Ligue des Champions.  » Le fossé est devenu trop grand . En Europe , les championnats se disputent exclusivement par ceux qui jouent régulièrement en Ligue des champions ,  » a-t-il dit dans une interview avec Sportstudio . En guise d’explication , il avance que la masse salariale du Bayern était d’environ 50 % plus importante que celle de Hambourg en 1992, mais qu’aujourd’hui, les salaires sont « plus élevés de 400% au Bayern» comparés à ceux pratiqués chez le géant endormi du Nord.

Bruchhagen a raison sur un point . Les millions de l’UEFA créent un déséquilibre . La Bundesliga distribue domestiquement le revenu des droits TV en employant maladroitement une formule «facteur 2 » . La meilleure équipe du championnat empoche 33 M € , environ le double de la lanterne rouge, qui gagne 16 M € . Ces sommes relativement modestes sont éclipsées par les 65 M € et 54 M € que le Bayern et Dortmund ont respectivement gagné au cours de leurs excellentes campagnes européennes.

Watzke , cependant, pense que l’analyse de Bruchhagen est trop simpliste .  » S’il avait raison, il aurait été impossible pour nous de gagner le championnat en 2011, après avoir manqué la participation à la Ligue des Champions pendant neuf ans ,  » a-t-il dit .  » Francfort a été relégué il y a deux ans , ils sont maintenant en Ligue Europa . Cela montre qu’il y a perméabilité [ au sommet de la ligue ] . « 

Watzke a ajouté qu’il n’était pas opposé à ce débat, mais a fait valoir que « le faible ne devient pas fort en affaiblissant le fort  » . Il s’est dit convaincu que le fait de rendre le Bayern et Dortmund moins compétitifs en réduisant leurs revenus les rendrait moins compétitifs à l’échelle internationale et ferait plus de mal que de bien. Tout le monde a profité des solides performances en Europe , a-t-il expliqué , en raison de l’augmentation de la valeur des droits TV étrangers . Le manque perçu de compétitivité domestique n’a certainement pas nui au «produit». la Ligue allemande de football est en bonne voie pour doubler le revenu des droits TV internationaux de 70 M € à 150 M € , par an après 2015 . Ces chiffres donnent une leçon intéressante. Globalement , il y a plus d’intérêt à suivre deux grandes équipes qu’une ligue plus équilibrée avec zéro équipe capable de briller sur la scène européenne . En d’autres termes , l’attractivité d’une ligue est largement déterminée par l’excellence de son élite.

Il s’agit d’un argument tout particulièrement pertinent à la lumière des possibilités restreintes de croissance à l’échelle nationale . La valeur des droits du direct continue à être au centre de l’attention au sein de la commission européenne de la concurrence qui a statué du droit au libre accès aux highlights en l’absence d’une télévision payante alternative crédible à Sky Allemagne. ( Cette saison , les 36 équipes des deux premières divisions se partageront 560 M € , ce chiffre s’élèvera à € 673m en 2016 /17. )

Le plus grand argument en faveur du statu quo est le come-back de Dortmund.
Les borussen semblaient arriver au bord du précipice il y a huit ans en gaspillant les 150 M € de leur introduction en bourse par des décisions hasardeuses. En leur absence, d’autres équipes ont gagné des titres – Stuttgart, Wolfsburg – mais d’autres poids lourds comme Schalke et le Werder Brême ont stagné tandis que des clubs comme Francfort, Hambourg, Hertha et Cologne sont restés en pleine déconfiture malgré un avantage concurrentiel certain (la taille et la richesse de la ville ) par rapport aux jaunes et noirs. Au lieu d’imaginer de nouvelles manières de réduire la taille et l’influence des deux mastodontes allemandes, Bruchhagen et ses semblables seraient mieux avisés d’analyser ce que Dortmund et le Bayern ont bien fait au cours des dernières années. Recruter les bons entraineurs serait un début.

 

Article d’origine : Would the Bundesliga really be better off without Bayern and Dortmund?

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